Journalisme

18 avril 2019 02:48; Act: 18.04.2019 07:55 Print

Liberté de la presse: la Suisse perd une place

La Suisse, désormais 6e du classement, est malgré tout parmi les pays où la liberté de la presse est la mieux protégée.

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Le classement est établi par Reporters sans frontières depuis 2002. (Photo: AFP)

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La Suisse perd une place, passant du 5e au 6e rang sur 180 pays, selon l'édition 2019 du classement mondial de la liberté de la presse publié jeudi et établi chaque année depuis 2002 par Reporters sans frontières (RSF).

Ce recul n'est toutefois pas significatif, puisqu'il est dû avant tout au meilleur score obtenu par le Danemark, qui retrouve la place qu'il occupait il y a deux ans. Une analyse plus détaillée fait apparaître la principale zone d'ombre planant sur la liberté de la presse en Suisse.

Elle tient à la précarité économique toujours plus visible de bon nombre de médias : effectifs en baisse, moyens réduits pour le journalisme d'investigation, diversité des contenus mise à mal, couverture insuffisante des événements locaux, etc.

Besoin de concret

RSF Suisse s'alarme de ce constat et demande que le débat politique sur l'aide aux médias entre dans une phase plus concrète. L'attachement des Suissesses et des Suisses à un service public audiovisuel de qualité s'est manifesté lors du rejet de l'initiative No Billag le 4 mars 2018. La pression sur la SSR n'a pas disparu et a amené la direction à présenter un plan d'économie de 100 millions de francs.

Quant à la presse écrite, le bouleversement de son modèle d'affaires entraîné par la révolution numérique n'a pas fini de faire sentir ses effets. Après la restructuration de l'ATS et la disparition de l'édition imprimée du Matin, ce sont maintenant 200 emplois dont la suppression a été annoncée au sein du groupe de presse CH Media, ainsi que l'abandon de deux publications dominicales.

Face à l'ampleur de ces défis, la réponse des pouvoirs publics tarde, estime RSF Suisse. L'avant-projet de nouvelle loi sur les médias électroniques préparé par le Conseil fédéral l'an dernier a été mal accueilli lors de la procédure de consultation. Ce texte devra être entièrement repensé, estime l'organisation.

RSF Suisse est encore préoccupé par les procès ouverts coup sur coup contre des médias par des magistrats en fonction, les conseillers d'Etat vaudois Jacqueline De Quattro et Pascal Broulis, ainsi que genevois Pierre Maudet. Ces attaques sont trop récentes pour avoir été prises en compte dans le classement mondial. Mais RSF Suisse suivra attentivement ces procès. Elle attend des décisions de justice à venir qu'elles reconnaissent une portée sans concession à la liberté d'informer.

Une mécanique de la peur

Les difficultés qui viennent d'être évoquées n'empêchent pas la Suisse de figurer, dans le classement mondial de RSF, au sein de la «zone blanche» des pays où la liberté de la presse est pleinement assurée. Seuls quelques pays nordiques font mieux que la Suisse.

Dans le reste du monde, les résultats du classement 2019 sont inquiétants. RSF constate l'apparition d'une «mécanique de la peur» qui s'étend désormais non seulement aux régimes non démocratiques ou en proie à des conflits armés, mais aussi à l'Europe elle-même. Les meurtres successifs de trois journalistes, à Malte, en Slovaquie et en Bulgarie ont démontré que l'Europe n'est plus un sanctuaire pour les professionnels de l'information.

La Suisse ne peut rester indifférente face à cette évolution. RSF Suisse appelle toutes les autorités, jusqu'au plus haut niveau, à en prendre conscience et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour combattre les atteintes à la liberté de la presse avec détermination, où qu'elles se produisent.

(nxp/ats)