Suisse

22 février 2011 12:52; Act: 22.02.2011 15:20 Print

Malgré le franc fort, davantage de touristes

Le franc fort ne fait pas fuir les touristes. La Suisse a vu ses nuitées hôtelières augmenter, en particulier grâce aux indigènes.

Une faute?

L'hôtellerie suisse a repris du poil de la bête en 2010, après une année encore marquée par la récession. Mais la vigueur du franc face à l'euro devrait désormais sensiblement peser sur l'évolution des nuitées, avec un déclin attendu d'au moins 2 à 3% en 2011.

Après le recul de 4,7% enregistré en 2009, la tendance s'est inversée l'an passé. Globalement, les nuitées hôtelières ont progressé de 1,7% en rythme annuel pour atteindre 36,2 millions, dont 15,8 millions pour les touristes helvétiques ( 2,2%) et 20,4 millions pour les hôtes étrangers ( 1,4%).

«Les programmes de relance conjoncturels dans le monde, la diversification de la clientèle étrangère et une économie suisse robuste expliquent cette embellie», a commenté mardi Christoph Juen, directeur d'Hotelleriesuisse, lors de la conférence annuelle organisée conjointement à Zurich avec l'Office fédéral de la statistique (OFS) et Suisse Tourisme, l'organe officiel de promotion de la Suisse.


Fortes divergences

La croissance des visiteurs étrangers masque cependant une réalité contrastée. Les touristes en provenance de la zone euro, qui constituent plus du tiers des nuitées hôtelières helvétiques, ont été rebutés par des taux de change défavorables. Et ce, alors que la devise européenne a perdu 23% de sa valeur face au franc ces deux dernières années.

Principaux visiteurs étrangers en Suisse, les Allemands accusent un recul de 3,6% (à 5,8 millions de nuitées), tandis que la baisse s'inscrit à 5,6% pour les Italiens, à 3,6% pour les Néerlandais et à 4,2% pour les Belges. Seuls les Français échappent à la tendance, avec une hausse de 1,1%. A eux seuls, ces cinq pays constituent près de la moitié des nuitées des étrangers sur le territoire suisse.

Le déclin des touristes du Vieux Continent a néanmoins pu être compensé par le fort afflux des hôtes en provenance des pays émergents, notamment grâce à la Chine ( 48,8%), mais aussi à l'Inde ( 21,1%) et aux pays du Golfe (13%). De même, les Etats-Unis, troisième marché de la branche hôtelière, se sont fortement repris ( 8,9%).

Autre constat, les nuitées ont profité de la bonne tenue du tourisme d'affaires. Dans les grandes villes, elles ont même augmenté de 6% sur un an. En revanche, le tourisme de loisirs est à la peine, comme l'illustre le recul enregistré au Tessin (-4,6%) en Valais (-2,9%) et dans les Grisons (-1,3%).

La fin de l'année s'est avérée particulièrement difficile, avec une baisse de 3,3% des nuitées à 2,4 millions sur le seul mois de décembre. Celles des touristes étrangers ont chuté (-7,4%) alors que celles des Suisses ( 2,6%) ont joué un rôle stabilisateur.

Cet écart souligne à la fois l'impact grandissant de la force du franc, dont l'effet se fait sentir avec retardement, mais aussi un calendrier des vacances défavorable, a relevé Daniela Bär, responsable de la communication chez Suisse Tourisme.


Recul attendu

La force de la monnaie helvétique devrait continuer mettre la branche à l'épreuve cette année. Suisse Tourisme s'attend à une baisse de 2 à 3% des nuitées. Ce recul pourrait même atteindre 3 à 5% pour le tourisme de loisirs, plus sensible aux taux de change que le tourisme d'affaires.

Dans ce contexte, l'organisation s'est encore félicitée de l'annonce faite la semaine dernière par la Confédération d'allouer un montant supplémentaire de 24 millions de francs pour la promotion touristique de la Suisse en 2011 et 2012. «On espère que le Parlement va désormais l'approuver», a relevé Jürg Schmid, directeur de Suisse Tourisme.

L'enveloppe sera investie en Suisse, mais servira aussi à promouvoir le tourisme suisse sur les marchés émergents, où le franc ne pénalise pas la branche, a-t-il relevé.

Cette promotion sur les marchés émergents est d'autant plus nécessaire que le secteur a besoin de séduire toujours plus de visiteurs pour générer davantage de nuitées, voire simplement en stabiliser le nombre.

De fait, la durée des séjours en Suisse ne cesse de se raccourcir. Alors que la moyenne globale était de 2,9 jours en 1992, elle s'est inscrite l'an passé à 2,2 jours, soit un recul de près de 25% en l'espace de moins de 20 ans.

(ats)