Suicide assisté

09 novembre 2019 08:36; Act: 09.11.2019 08:36 Print

Marko, 24 ans, veut mourir avec l'aide d'Exit

Victime d’une hémorragie cérébrale il y a quatre ans, Marko A* a depuis repris le dessus. Pourtant, «la vie n’a plus de sens» pour le Suisse de 24 ans. Il a fait appel à l'association suisse d’assistance au suicide pour mettre fin à ses jours.

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Depuis quatre ans, Marko A.* ne se déplace plus qu'en fauteuil roulant et n'entend plus un seul son, mis à part des acouphènes qui ne lui laissent aucun répit. Victime d'une hémorragie cérébrale en 2015, le Winterthourois a dû réapprendre à vivre, comme par exemple le simple fait de parler. Mais aujourd’hui, Marko ne veut plus se battre et s’est tourné vers Exit, l’association suisse d’assistance au suicide pour mettre fin à ses jours.

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«La semaine dernière, à ma demande, j’ai eu entretien avec Exit. La vie n’a plus de sens pour moi.» Désormais, le jeune homme se sent superflu et mène une vie solitaire. L'hémorragie cérébrale a également endommagé le centre émotionnel du cerveau laissant le garçon constamment irrité et rendant l'expression de ses sentiments difficile. Ils sont nombreux autour de lui à ne pas réaliser l’ampleur de la douleur qu’il ressent. «Tout ce que vous pouvez voir, c’est que j’ai survécu et que je me suis battu».

Une décision réfléchie

Ce n’est pas sous le coup de l’émotion que Marko a décidé de mettre fin à ses jours. Cela fait deux ans que le jeune homme pense quotidiennement à mourir. «J'ai essayé de me suicider plusieurs fois.» Depuis, il a cherché une alternative qui serait plus facile à accepter pour son entourage. «Je n'ai pas peur de la mort. J'ai plutôt tendance à m'inquiéter pour les gens que je vais laisser derrière moi», confie cet électricien de métier.

Vouloir mourir à 24 ans: un cas très rare

Le vice-président d’Exit Jürg Wiler avoue que le cas de Marko est assez inhabituel. En 37 ans d’existence, l’association d’aide au suicide n’a que très rarement accompagné des personnes de moins de 40 ans. Mais, «Exit ne rejette personne dans le besoin et accueille toute personne voulant discuter.» La plupart des gens finissent par renoncer au suicide après la consultation, poursuit Jürg Wiler. «C'est la raison pour laquelle le Conseil fédéral juge que nous avons également un rôle préventif.»

Un long processus décisionnel

Pour Peter Schaber, professeur d’éthique appliquée, les chances de guérison sont très importantes dans le cas de Marko, mais «dans tous les cas, des avis médicaux doivent être obtenus.» En effet, l’aide au suicide ne peut être accordée que si le souhait de Marko de mourir est compréhensible et justifié après un examen approfondi. Il faut aussi qu'aucune autre alternative ne soit possible.

Les membres de la famille et les amis ont également un rôle important à jouer. «L’entourage a le devoir de conseiller et de soutenir la personne mourante. Même s’il n’approuve peut-être pas sa décision.» In fine, la décision de mourir ou non revient à la personne concernée et aux professionnels qui l’accompagnent. «L’entourage doit l’accepter», conclut le professeur.

«J’ai perdu espoir»

Marko n’a pas encore pris sa décision finale. «Comme je suis encore jeune et que j’ai encore très probablement des chances de guérison, il serait peut-être préférable d’attendre, même si je souffre presque tous les jours», résume le jeune homme. «D’un autre côté, j’ai perdu espoir, je ne pense pas que mon état va s’améliorer.»

* Nom connu de la rédaction

(Qendresa Llugiqi/lhu)