Santé

21 mai 2012 12:53; Act: 21.05.2012 13:07 Print

Médecins sans frontières critique la Suisse

Médecins sans frontière s'oppose à la «tactique dilatoire» de la Suisse sur le lancement d'une nouvelle convention pour financer la recherche et le développement pour les maladies négligées.

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L'Assemblée mondiale de la santé discute cette semaine du lancement ou non de travaux sur une nouvelle convention finançant la recherche et le développement (RD) pour les maladies négligées. Médecins sans frontières (MSF) a critiqué lundi la «tactique dilatoire» de la Suisse sur ce dossier.

Réunis à Genève depuis lundi, les Etats membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont saisis de deux projets de résolution. L'un, présenté par le Kenya, propose la création d'un groupe de travail pour élaborer une convention sur la RD en faveur des maladies négligées. L'autre, présenté par la Suisse, estime que davantage de temps et de plus amples débats sont nécessaires.

Prétexte

«Nous voyons cette résolution de la Suisse comme un prétexte pour retarder» les travaux, a affirmé à la presse Michelle Childs, directrice du plaidoyer de MSF. «Il faut aller de l'avant et commencer le processus de négociations», a-t-elle dit.

«Nous discutons de ces questions depuis dix ans. Nous n'avons pas besoin d'un nouveau délai», a ajouté Bernard Pécoul, directeur exécutif de l'initiative pour les médicaments en faveur des maladies négligées.

«C'est une tactique dilatoire qui potentiellement peut faire dérailler le processus», a renchéri Tido von Schoen-Angerer, directeur exécutif de la campagne de MSF, à propos de la résolution suisse.

Doubler les fonds

Dans un rapport publié en avril, le groupe de travail consultatif d'experts sur le financement et la coordination de la recherche- développement (CEWG) a proposé que les Etats membres de l'OMS «entament un processus menant à la négociation d'un accord juridiquement contraignant».

La convention devrait établir des priorités dans la recherche, assurer un financement adéquat et établir de nouvelles normes. Selon le groupe d'experts, trois milliards de dollars sont déboursés chaque année dans le monde pour la recherche en faveur des maladies négligées.

Il faudrait le double, soit six milliards par an, pour répondre aux besoins. Près d'un milliard de personnes souffrent des maladies dites négligées dans le monde (tuberculose, leishmaniose, maladie de Chagas), délaissées par les groupes pharmaceutiques parce que non rentables.

Les signataires de la convention s'engageraient à financer la recherche pour des vaccins et des médicaments en faveur de ces maladies à hauteur de 0,01% de leur PNB. De nouvelles sources de financement, comme une partie d'une taxe sur les transactions financières, pourraient être envisagées.

Opportunité unique

«Il est clair pour tous que le système actuel ne fonctionne pas. Il manque un cadre réglementaire. C'est une opportunité unique de progresser», a déclaré Michelle Childs. Elle a souligné que la convention ne serait pas contraire aux intérêts des groupes pharmaceutiques, représentés dans le groupe d'experts par un membre de Novartis.

En présence de deux résolutions différentes, les pays membres de l'OMS vont s'efforcer de rapprocher les textes et de trouver un consensus d'ici la fin de la semaine.

Des pays à la fois victimes des maladies négligées et dotés de capacités pharmaceutiques comme l'Inde et des pays latino- américains, pourraient jouer un rôle décisif, alors que les Etats- Unis financent déjà à hauteur de 0,01% de leur PIB la RD pour les maladies négligées, a souligné MSF.

(ats)