Affaire Kadhafi

28 octobre 2009 12:39; Act: 28.10.2009 16:25 Print

Miguel Stucky écrit une lettre ouverte

Miguel Stucky, associé de l'un des deux otages suisses en Libye, interpelle Laurent Moutinot.

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Dans une lettre ouverte publiée mercredi, l'entrepreneur vaudois demande au conseiller d'Etat genevois de s'expliquer sur l'arrestation d'Hannibal Kadhafi en 2008 et de participer aux négociations avec Tripoli.

«Des erreurs ont été commises à Genève», affirme M. Stucky dans sa missive publiée dans la «Tribune de Genève» et «La Liberté». «Ce n'est pas moi qui le dit, mais le juge suisse Lucius Caflisch». Ce dernier avait été nommé par la Confédération pour établir les faits dans le cadre d'un comité indépendant suisse et libyen à la suite de l'arrestation du fils du colonnel Kadhafi en juillet 2008 dans la cité de Calvin.

S'appuyant sur les conclusions de ce comité rendues publiques fin décembre, l'entrepreneur déplore qu'un mandat de comparution n'ait pas été émis contre Hannibal Kadhafi, en lieu et place de l'arrestation et de l'emprisonnement de ce dernier.

Photos

Deuxième reproche de M. Stucky, la diffusion dans la «Tribune de Genève» des photos prise lors de l'arrestation du fils Kadhafi. Selon l'entrepreneur, le responsable de la fuite est issu des services de M. Moutinot. «Voilà que quelqu'un de vos services se permet d'enfreindre la loi» en remettant les photos au quotidien, écrit M. Stucky qui appelle le responsable à se dénoncer.

«Je comprends la colère» de Mouamar Kadhafi, «qui ne l'a pas cachée à Hans-Rudolf Merz à New York. Pour la deuxième fois, et cette fois de manière illégale, Genève persiste et signe en humiliant gravement la famille Kadhafi», déclare M. Stucky.

«Plutôt sacrifier les otages»

Dans cette lettre ouverte, l'entrepreneur relate par ailleurs une conversation téléphonique qu'il affirme avoir eu avec le conseiller d'Etat. Lorsque Miguel Stucky lui demande de rencontrer les représentants du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et la délégation libyenne, M. Moutinot lui aurait répondu, citant l'ancien premier ministre britannique Margareth Thatcher: «Plutôt sacrifier les otages que négocier avec les ravisseurs».

«La décence voudrait que vous vous en expliquiez publiquement et que vous vous en excusiez auprès des familles des otages», exige Miguel Stucky dans la lettre, déplorant que «depuis le début de la crise» M. Moutinot refuse «de participer aux négociations qui permettraient de sortir les deux otages de leur cauchemar enduré depuis quinze mois».

Réuni en séance du Conseil d'Etat, Laurent Moutinot n'était pas joignable mercredi en fin de matinée.

M. Stucky, qui avait quitté Tripoli quelques heures à peine avant que les deux Suisses ne soient arrêtés par les services libyens, multiplie les apparitions médiatiques depuis le début de la semaine. S'exprimant dimanche dans le cadre de l'émission «Mise au point» de la Télévision suisse romande (TSR), il avait déjà critiqué les autorités genevoises.

Position genevoise inchangée

Laurent Moutinot n'a pas répondu directement aux propos de Miguel Stucky. Lors d'un point presse mercredi après-midi, François Longchamp, vice-président du Conseil d'Etat a lu une déclaration en guise de réponse du gouvernement, déclaration qui répète la position qu'il a tenu jusqu'ici.

Le gouvernement «rappelle que l'intervention de la police genevoise a été jugée parfaitement correcte.(...) L'action de la justice genevoise est également exempte de critique», indique la déclaration.

Sur la publication des photos d'identité judiciaire, le Conseil d'Etat rappelle que l'enquête est en cours. Quant à la négociation avec la Libye à laquelle Miguel Stucky appelait Genève à participer, le gouvernement répond qu'il s'agit d'une prérogative exclusive de la Confédération.

(ats)