Mort il y a 20 ans

07 janvier 2016 14:21; Act: 07.01.2016 14:43 Print

Mitterrand connaissait très bien la Suisse

par Christine Talos - François Mitterrand, dont on célèbre ce vendredi 8 janvier les 20 ans de sa mort, était venu de nombreuses fois en terres helvétiques. Rappel au petit goût d'absinthe...

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet
Une faute?

La France commémore cette semaine les 20 ans de la mort de François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République élu en 1981 et décédé le 8 janvier 1996 à Paris. L'occasion de rappeler que le président français était un fin connaisseur de la Suisse puisqu'il y est venu à de nombreuses reprises, pratiquement tous les deux ans durant ses deux septennats.

Première visite en 1983

La première visite remonte au 14 avril 1983 et fait figure de moment historique. En effet, depuis 1910, aucun président français n'était venu en Suisse pour un séjour officiel. Mitterrand répare donc ce faux-pas diplomatique et fait savoir qu'il aimerait bien se rendre dans notre pays. Le président de la Confédération de l'époque, le socialiste neuchâtelois Pierre Aubert, l'invite donc et Berne reçoit en grande pompe le chef d'Etat nouvellement élu.

Mitterrand, accompagné de 4 ministres et non des moindres ( (Jacques Delors, Édith Cresson, Claude Cheysson et Charles Hernu) réalise alors une visite marathon qui passera par Berne, Bâle, Soleure et bien sûr Neuchâtel, où lui sera servi le fameux soufflé à l'absinthe (voir encadré).

Chez Aubert en 1985

Deux ans plus tard, en juillet 1985, François Mitterrand revient en Suisse, mais cette fois à titre purement amical, sans protocole. Il y rencontre à nouveau Pierre Aubert, avec lequel il s'était tout-de-suite entendu, dans la demeure du Neuchâtelois sur les bords du lac de Neuchâtel. «Je lui avais dit, en toute amitié et simplicité, venez une fois me rendre visite à Auvernier; il m'avait dit: c'est promis, je viendrai au volant de ma voiture», avait expliqué à l'époque Pierre Aubert.

Deux ans plus tard, cette fois en 1987, Mitterrand est à nouveau en Suisse, à Zurich cette fois. La ville l'avait en effet convié à son 60e festival culturel. Il y retrouve Pierre Aubert redevenu président de la Confédération, avec lequel il affiche toujours une belle complicité et avec lequel il commence à évoquer la position de la Suisse dans la communauté européenne. «Il faudra bien marcher ensemble d'une façon ou d'une autre, mais cette façon-là, c'est à vous en Suisse de la décider», souligne-t-il prudemment dans un discours.

En Valais en 1989

A nouveau deux ans plus tard, en septembre 1989, c'est cette fois le Valais que Mitterrand visite. En compagnie de la romancière Christine Arnothy, il inaugure à Martigny une exposition de son compagnon Claude Bellanger, un ami de résistance du président. La visite n'est pas franchement officielle, mais pas complètement privée non plus et se fait en compagnie de Jean-Pascal Delamuraz notamment. C'est aussi l'occasion pour le président français de déclarer sa flamme au vin blanc valaisan, «au gout très fort dans sa subtilité du terroir», dit-il.

Mitterrand revient brièvement en Suisse en décembre 1989, à Bâle, où il y rencontre à nouveau le président Jean-Pascal Delamuraz et surtout le chancelier allemand Helmut Kohl. Les trois hommes y signent une déclaration pour une collaboration plus étroite entre la Suisse, la France et l'Allemagne.

Le 7 juin 1991, il répond cette fois à l'invitation officielle du Tessinois Flavio Cotti qui lui fait découvrir un coin de Suisse qu'il ne connaissait pas et avec lequel il évoque le destin de la France et de la Suisse «au moment où l'Europe se forme». Mitterrand s'explique devant de la presse: «Je ne dirai pas que je souhaite que la Suisse rentre dans la Communauté, je dirai: la Suisse est dans l'Europe et je souhaite que l'Europe s'organise.»

Avec Ogi en décembre 1993

Belote et rebelote en décembre 1993. L'Europe est à nouveau au coeur des discussions entre Mitterrand qui revient en Suisse, à l'invitation d'Adolf Ogi cette fois. «Le souhait de se rendre en Suisse alémanique et dans l'Oberland bernois venait du Président Mitterrand lui-même, qui connaissait déjà de la Suisse le Tessin et la Suisse romande», avait expliqué le conseiller fédéral qui l'avait rencontré 5 fois durant son année présidentielle. «Il était un peu un père pour moi», avait même dit l'UDC lors de la mort du socialiste dans une déclaration officielle.

Le Bernois lui fait donc découvrir au passage sa région natale sous les acclamations de la population. Mais cette visite intervient un an après le 6 décembre 1992 où la Suisse avait refusé d'adhérer à l'Espace économique européen et les questions des journalistes sur le sujet fusent. «J'estime que chacun doit respecter la volonté de votre peuple et vous vous êtes exprimés, vous Suisses, devant ce problème, vous avez dit "non"», note le président devant la presse. «Ce n'est pas aux autres Européens de vous dire "agissez ainsi plutôt qu'autrement". Vous avez fait la démonstration que vous étiez un peuple majeur dans de grandes circonstances donc nous devons respecter votre choix, ce qui ne nous interdit pas d'exprimer un souhait et de désirer qu'un jour la Suisse puisse, avec l'ensemble des pays qui sont dans cette région de l'Europe, appartenir à la même Union européenne.»

La venue dans l'Oberland de Mitterrand avait été l'ultime visite du président dans notre pays puisque que rattrapé par la maladie et la fin de son mandat en mai 1995, il n'avait plus eu l'occasion de revenir dans cette Suisse qu'il aimait tant et dont il était un fin connaisseur.

Une émission de la RTS diffusée le jour de la mort de Mitterrand

(nxp)