Fribourg

23 juillet 2018 09:16; Act: 23.07.2018 11:39 Print

Pas le bon permis: on la prive de crédit

Sur le point d’acquérir des rideaux, une cliente d'origine angolaise s'est vu refuser des mensualités...à cause de sa nationalité, lui a-t-on répondu.

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(Photo: Keystone/Gaetan Bally)

Une faute?

«J'avais les larmes aux yeux», se remémore Élise*. À la filiale du magasin de meubles Pfister d’Avry-sur-Matran (FR), cette mère de famille avait repéré des rideaux japonais, qu'elle souhaitait installer dans son séjour. Une employée a alors été envoyée chez elle, début juillet, «pour tester les mesures et les tissus de différentes couleurs». Le devis a été évalué à près de 3800 francs.

La cliente a demandé à régler la facture en trois fois, alors la commerciale a lancé un coup de téléphone. «Vous ne pouvez pas payer comme ça, à cause de votre origine», lui répond-on, après vérification. «Pour certains pays, on n'offre pas les mensualités», lui aurait-on encore dit. «Je n'ai jamais vécu une telle situation! Ça fait vingt ans que j'habite en Suisse, et je paie mes factures comme tout le monde», témoigne Élise.

Crédit sous conditions

Choquée, elle a envoyé une lettre à la direction commerciale de Pfister et a reçu une réponse par téléphone la semaine dernière. La filiale a présenté ses excuses, tout en se défendant d'avoir fait de la discrimination raciale. La raison de son refus: les détenteurs d'un permis B n'ont pas accès à ce service, car ils «doivent repartir» après quelques années de séjour, lui a-t-on expliqué. Originaire d'Angola, l'aide-soignante possède un permis B depuis près de dix ans.

Le magasin a confirmé que la procédure respectait ses règles internes. En effet, le paiement échelonné n'est offert qu'aux détenteurs d'une carte de crédit maison de l'enseigne. Et pour l'obtenir, il faut soit posséder un permis C, soit être ressortissant d'un pays européen voisin avec un permis B, et travailler depuis trois ans en Suisse. En effet, réclamer des impayés aux ressortissants d'autres pays étrangers «serait très compliqué pour Pfister», répond Alfredo Schilirò, porte-parole de l'entreprise.

Mesure légale

«Malheureusement, cette décision n'est pas illégale», regrette Silvia Diaz, du magazine «Bon à savoir». Étant donné qu'il s'agit d'un contrat de droit privé, l'enseigne a le droit d'appliquer «des conditions qui peuvent sembler discriminatoires». Les sociétés imposent ces critères subjectifs pour limiter les risques financiers, explique la juriste.

* Prénom d'emprunt

(doe)