Nucléaire

18 mai 2014 14:29; Act: 18.05.2014 18:28 Print

Pas de fermeture immédiate de Mühleberg

Les citoyens ont rejeté dimanche à 63,3% l'initiative «Mühleberg à l'arrêt». L'installation devrait donc être mise hors service en 2019, comme l'a promis la société BKW.

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Cette initiative populaire déposée en 2012, soit avant l'annonce de l'exploitant de débrancher Mühleberg, a été rejetée par 236'285 voix contre 137'285. Elle était combattue par le gouvernement à majorité rose-verte et par le Grand Conseil. La participation s'est élevée à 51,6%.

Le texte demandait que le canton de Berne, l'actionnaire majoritaire du groupe BKW (ex-Forces motrices bernoises), veille à la mise à l'arrêt immédiat de Mühleberg. Les initiants jugeaient inacceptables les risques liés à son exploitation. La centrale mise en service en 1972 produit 5% de la consommation de courant en Suisse.

Sortie coordonnée du nucléaire

Le gouvernement bernois a interprété dimanche ce résultat comme la volonté du peuple de sortir d'une façon coordonnée du nucléaire. Il ne s'agit pas d'un rejet de la transition énergétique souhaitée par les autorités cantonales et fédérales ni d'une marque de défiance envers les énergies renouvelables.

La conseillère d'Etat bernoise Barbara Egger-Jenzer a expliqué que la promesse de l'exploitant de fermer la centrale en 2019 a joué un rôle dans l'issue du scrutin. La société BKW fait une analyse assez similaire, estimant que ce résultat illustre la volonté des citoyens de mettre fin aux activités de Mühleberg d'une façon concertée.

Pour le comité «Mühleberg à l'arrêt», le peuple bernois a «raté» la chance de débrancher la centrale. Il estime que la «menace latente» sur la sécurité demeure. Le comité estime qu'il incombe à présent à l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) de faire pression sur le groupe BKW pour qu'il assure la sécurité de cette centrale.

Conséquences financières

Pour les opposants à l'initiative, un arrêt immédiat de la centrale nucléaire aurait entraîné des coûts importants pour le canton de Berne. L'Etat n'aurait pas pu selon eux simplement décréter la fermeture de cette installation, mais aurait dû l'imposer en sa qualité d'actionnaire majoritaire à hauteur de 52,5%.

Des actionnaires auraient alors pu se retourner contre le canton et exiger des dommages et intérêts. Selon un préavis juridique, le montant des réclamations aurait pu se chiffrer à plusieurs centaines de millions de francs. Pour les opposants au nucléaire, la sécurité de la population doit passer avant ces considérations financières.

Les opposants jugeaient surtout l'initiative lancée par des citoyens dans la foulée de la catastrophe de Fukushima caduque après que l'exploitant a promis en octobre dernier de fermer la centrale en 2019. Une décision prise pour des raisons financières.

Arrêt pas immédiat

Pour le gouvernement, une acceptation de l'initiative n'aurait pas accéléré fondamentalement l'arrêt de la centrale. Le groupe d'électricité bernois a en effet besoin de temps pour planifier une phase post-exploitation aussi brève et sûre que possible.

La démarche des initiants visait surtout à assurer, en l'inscrivant dans la constitution, l'arrêt définitif de la centrale. Les opposants au nucléaire craignent que malgré la promesse de l'exploitant, le réacteur ne reste actif au-delà de 2019.

Indépendamment du rejet de l'initiative, Mühleberg serait arrêtée immédiatement par le groupe BKW ou par l'autorité de surveillance si la sûreté de son exploitation ne pouvait plus être garantie.

(ats)