Suisse

02 avril 2019 08:00; Act: 02.04.2019 21:40 Print

Pesticides trop nombreux dans nos ruisseaux

Des recherches ont montré que les ruisseaux helvétiques sont pollués par des produits phytosanitaires, pesticides et fongicides.

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Des prélèvements ont notamment été effectués dans l'Eschelisbach (TG). (Photo: Eawag)

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Les petits ruisseaux contiennent toujours trop de pesticides, fongicides et autres produits phytosanitaires, montre une nouvelle étude publiée mardi. Les risques sont bien réels pour les animaux et la végétation aquatiques.

L'institut de recherche Eawag et le Centre Ecotox ont concentré leur étude sur cinq petits cours d'eau aux bassins occupés par différentes formes d'agriculture, dont Le Bainoz (FR). Ils y ont prélevé des échantillons en continu de mars à octobre 2017 et les ont analysés.

Leurs constats, publiés mardi dans deux articles de la revue spécialisée «Aqua&Gas», sont sans appel. Au total, 145 substances actives ont été détectées, à raison de 71 à 89 par site.

Espèces disparues

Des dépassements des critères de qualité environnementale ont été observés dans chacun des cinq ruisseaux. Des risques d'effets chroniques pour les organismes aquatiques ont été identifiés sur une durée de trois à six mois et demi.

Les pollutions étaient parfois telles que des risques d'effets aigus ne pouvaient être exclus sur des périodes allant de deux à onze semaines. En cause: certains polluants problématiques, mais également des mélanges d'herbicides, de fongicides ou encore d'insecticides.

Dans l'Eschelisbach (TG), le risque calculé pour un tel mélange était 36 fois supérieur au seuil à partir duquel des effets sur la reproduction, le développement et la santé des végétaux, des animaux et des micro-organismes sont susceptibles de se produire. Le rapport était de 1 à 50 dans le Weierbach (BL). L'étude des invertébrés a même révélé que des espèces sensibles avaient disparu des sites pollués.

Seuil unique dépassé

Le seuil unique de 0,1 µg/l, en vigueur pour les pesticides organiques, a de son côté été dépassé une ou plusieurs fois pour 66 substances, dont le glyphosate et le mécoprop. Dans ces deux cas toutefois, le seuil unique ne reflète pas correctement le risque pour les organismes aquatiques. Le glyphosate n'a des effets qu'à partir de 120 µg/l, alors qu'il n'a été mesuré en moyenne qu'à 0,16 µg/l.

À l'inverse, 18 substances dangereuses à très faible concentration ne respectent pas leur critère de qualité environnementale. Et ce dernier est nettement inférieur au seuil de 0,1 µg/l.

Série de mesures recommandées

Pour Christian Stamm, spécialiste de pédo-hydrologie à l'Eawag, la pollution des cours d'eau ne pourra être réduite que moyennant une série de mesures. «Il faut par exemple substituer les substances particulièrement critiques, réduire les quantités appliquées et minimiser le lessivage à partir des sols», précise-t-il.

Et l'expert de souligner qu'il est «urgent de mettre en oeuvre» ces mesures. Celles-ci sont du reste prévues dans le Plan d'action national sur les produits phytosanitaires. C'est la troisième fois que cette étude est menée, après des campagnes en 2012 et 2015 sur mandat de l'Office fédéral de l'environnement dans le cadre du programme d'observation nationale de la qualité des eaux de surface (NAWA). Cinq cantons et la plateforme Qualité de l'eau de l'Association des professionnels de la protection des eaux l'ont soutenue.

Résultats «pires que prévus»

La Fédération suisse de pêche (FSP) juge les résultats «pires que prévus». Les poissons sont doublement pénalisés, car ils nagent dans une eau polluée et mangent des nutriments contaminés.

Les plantes et les animaux qui dépendent des biotopes comme les petits cours d'eau ne vont pas bien. Dans son rapport sur l'environnement 2018, l'OFEV constate que l'état des cours d'eau est insuffisant pour les poissons dans deux tiers des emplacements analysés.

Greenpeace, BirdLife, pro natura et le WWF sont sur la même ligne et parlent de résultats effrayants. Les mesures que prévoit le plan d'action de la Confédération pour la protection des plantes n'amélioreront pas la situation de façon décisive, selon ces organisations écologistes, car d'ici 2027, elles ne visent qu'à diviser par deux les dépassements de valeurs limites.

Ces organisations lancent un appel aux instances politiques: «il faut que l'agriculture change de paradigme maintenant et passe des pesticides aux méthodes agro-écologiques». C'est aussi ce que demande l'Initiative pour de l'eau propre qui sera prochainement examinée par la Commission de l'économie et des redevances (CER).

(nxp/ats)