Assurance chômage

08 février 2011 06:36; Act: 08.02.2011 11:42 Print

Plus de 16'000 personnes vont perdre leur droit

Dès le 1er avril, des milliers de chômeurs risquent fort de perdre leur droit à toucher des indemnités avec l'entrée en vigueur de la révision de la loi sur l'assurance chômage.

storybild

Les chômeurs suisses vont trinquer en avril. (Photo: Keystone)

Sur ce sujet
Une faute?

Jusqu'à un tiers des 16'000 chômeurs qui vont perdre leur droit en avril pourraient avoir recours à l'aide sociale.

La réforme de l'assurance chômage, contestée par la gauche et les syndicats, mais approuvée en septembre par le peuple, prévoit diverses réductions des prestations, en particulier une diminution de la durée des indemnités.

Un jeune de moins de 25 ans n'aura plus droit qu'à 200 jours d'indemnités contre 400 auparavant s'il a cotisé entre 12 et 24 mois. Les chômeurs de 25 à 55 ans auront droit à 260 jours au lieu de 400 s'ils ont cotisé entre 12 et 18 mois.

En décembre, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann avait indiqué devant le Conseil national que quelque 14'000 à 17'000 chômeurs seraient concernés, soit 10 à 12% du nombre de personnes inscrites dans les offices de travail. Un ordre de grandeur confirmé par une enquête de l'ATS auprès des cantons.

Selon les données obtenues, entre 15'400 et 16'100 chômeurs devraient perdre leurs indemnités au 1er avril. Il manque toutefois les chiffres du plus grand canton de Suisse, Zurich, indisponibles.

Suisse romande plus touchée

Proportionnellement à la population active, les cantons latins seront davantage touchés, avec quelque 7100 à 7500 chômeurs qui arriveront en fin de droit. Le raccourcissement de la durée des prestations a des effets plus importants à Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura et Tessin, qui avaient été autorisés à augmenter la durée des prestations de 400 à 520 jours en raison d'un fort taux de chômage régional.

Ce privilège supprimé par la révision de la loi, les autorités vaudoises s'attendent à voir quelque 2500 chômeurs perdre leurs indemnités. Environ 1300 personnes devraient être concernées à Genève, entre 1200 et 1400 à Neuchâtel, entre 600 et 700 en Valais, 300 dans le canton du Jura et un peu moins de 250 dans celui de Fribourg.

Aide sociale

Pour un certain nombre de ces chômeurs, la perte des indemnités journalières signifiera la perte de tout revenu et donc le recours à l'aide sociale. Les autorités peinent à chiffrer exactement le nombre de personnes concernées. Pour avoir droit à l'aide sociale, une personne doit posséder moins de 4000 francs de fortune. Et cela dépendra beaucoup de l'évolution du marché de l'emploi au cours des prochains mois, expliquent-elles.

Les responsables estiment néanmoins qu'entre un tiers et un cinquième des chômeurs en fin de droit vont recourrir à l'aide sociale après le 1er avril. Président de la Conférence suisse des institutions d'action sociale, Walter Schmid évalue ce nombre à environ 5000, soit environ 30% des personnes qui cesseront de toucher des indemnités.

«Choc sans précédent»

A Lausanne, les services sociaux se préparent à affronter «un choc sans précédent», a indiqué Françoise Jaques, cheffe du Service cantonal de prévoyance et d'aides sociales. La ville s'attend à accueillir environ 500 nouveaux requérants au Revenu d'insertion, alors qu'ils devraient être au total un millier dans tout le canton.

Pour faire face à cet afflux, «chaque centre social régional devra renforcer ses équipes», a expliqué Mme Jaques. Dans la seule ville de Lausanne, qui s'occupe d'environ 40% des cas, une douzaine de postes à plein temps sont en train d'être créés.

A Genève, 900 personnes pourraient recourir à l'aide sociale. «Nous avons toutefois de bonnes raisons de penser que nous serons en dessous de ce chiffre», a dit Bernard Favre, secrétaire général adjoint au département de la solidarité et de l'emploi.

Craintes exagérées en 2003

Dans les autres cantons romands, les autorités n'ont pas pu indiquer précisément combien de chômeurs seraient concernés. A Neuchâtel c'est en général un sur trois, à Fribourg un sur cinq.

Le chef du service fribourgeois de l'emploi, Marc Genilloud, rappelle toutefois qu'une réduction des indemnités avait eu lieu à l'été 2003 déjà. «Certains avaient peint le diable sur la muraille mais la modification avait été bien digérée, car étalée sur plusieurs mois selon les situations individuelles.»

(ats)