Suisse

18 juillet 2014 10:41; Act: 18.07.2014 10:51 Print

Plus de millionnaires que d'inscrits au social

La Suisse compte plus de millionnaires que de bénéficiaires de l'aide sociale.

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Cette mise en perspective est faite vendredi dans le quotidien «Le Temps» par le nouveau coprésident de la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS) Felix Wolffers qui annonce par ailleurs une révision des normes d'ici la fin de l'année.

«En Suisse, 330'000 millionnaires côtoient 250'000 bénéficiaires de l'aide sociale, soit 3,1% en 2012. Or le nombre de riches progresse comme celui des pauvres, là est le problème», affirme dans une interview au «Temps» M. Wolffers, qui copréside la CSIAS depuis le printemps dernier avec l'ex-conseillère nationale et membre de l'exécutif de la Ville de Berne Therese Frösch (Verts).

Tous deux ont déjà travaillé ensemble dans les années 90 à la tête des finances de la capitale, qu'ils ont assainies, puis des affaires sociales bernoises. Ils ont succédé en mai à Walter Schmid à la présidence de la CSIAS au moment où celle-ci devait faire face à une fronde de plusieurs communes alémaniques.

Certaines d'entre elles ont démissionné. Leurs autorités estimaient que la conférence, chargée d'émettre des recommandations relatives au calcul du montant de l'aide sociale, ne défendait que les intérêts des personnes en bénéficiant.

Différence régionale

Il semble à M. Wolffers que le débat sur l'aide sociale est davantage politisé en Suisse alémanique. Le fait que les communes y soient responsables des prestations rend le débat plus vif, ce qui n'est pas le cas en Suisse romande, où le canton est souvent maître à bord, analyse-t-il.

Au lieu d'accuser l'aide sociale, le politique devrait plutôt s'occuper des causes qui y amènent les gens. Les services sociaux héritent en effet des problèmes non résolus de la société en général. Et le nouveau coprésident de la CSIAS d'appeler les politiques à faire des propositions pour enrayer la diffusion de la pauvreté.

Révision des normes

L'aide sociale est, de son côté,» bien entendu aussi appelée à développer des approches nouvelles», précise Felix Wolffers. Et de citer un exemple: «Actuellement, du point de vue administratif, l'aide sociale est très rébarbative et complexe. Nous devons chercher à simplifier ce système de manière à consacrer davantage de temps au travail social proprement dit».

Quant au problème de crédibilité de la CSIAS, son coprésident affirme qu'«il est fondamental de susciter un débat public et critique, y compris avec ceux qui nous critiquent et le camp bourgeois. Et M. Wolffers d'annoncer avoir lancé deux études qui serviront de base à une révision des normes dès la fin de cette année.

Pas si coûteuse que ça

Pour l'heure en Suisse, les coûts de l'aide sociale ne représentent que 2% de la totalité des dépenses du système de sécurité sociale, soit 2,8 milliards de francs, précise M. Wolffers. Par comparaison, le montant des subsides pour les primes maladie ont atteint près de 4 milliards en 2012, relève-t-il.

Les polémiques autour de l'aide sociale montrent cependant qu'il existe bel et bien un problème, reconnaît le président de la CSIAS. Mais pour en débattre sereinement, il faut tenir compte de certaines réalités.

Ainsi, «tout le monde ne sait pas que les enfants et les jeunes sont le groupe de bénéficiaires le plus important de l'aide sociale: un cas sur trois concerne un mineur», note M. Wolffers.

Il faut aussi savoir que l'aide sociale a récupéré nombre d'anciens bénéficiaires de l'assurance invalidité. L'AI a en effet réduit de moitié les nouvelles rentes depuis 2003.

(ats)