Suisse

18 juillet 2014 10:38; Act: 18.07.2014 11:25 Print

Quand la guerre mit fin au tourisme de luxe

L'éclatement de la Première Guerre mondiale met une fin abrupte à l'affluence touristique en Suisse.

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Durant la Belle Epoque, de plus en plus de touristes des classes privilégiées visitent la Suisse pour profiter des montagnes et de la neige ou fréquenter ses sanatoriums.

Entre 1888 et 1914, le nombre d'hôtels en Suisse double, passant de 1700 à plus de 3500, selon les chiffres du Dictionnaire historique de la Suisse. La part du capital investi dans l'hôtellerie passe de 4,3 à 11,9% durant la même période.

Faste et panorama

Un peu partout, on pose des rails et on largue les amarres des bateaux à vapeur. On construit 40 funiculaires et 13 lignes de trains à crémaillère. Les palaces, avec leur luxe et leurs panoramas, appâtent les touristes fortunés. Mais à l'été 1914, ce boom est brusquement stoppé.

L'empereur de l'Autriche-Hongrie François-Joseph signe la déclaration de guerre à la Serbie le 28 juillet 1914. Pour beaucoup qui souhaitaient passer l'été en Suisse, cette nouvelle signifie le bouclement prématuré des valises et un départ précipité.

«C'est incroyable de voir tous ces gens se dépêcher de quitter la Suisse et rentrer chez eux», écrit un témoin contemporain des événements, cité par l'historien Georg Kreis. Les photos prises alors dans les gares montrent des montagnes de valises.

A Interlaken (BE), le nombre de touristes passe de 50'000 à 3000 dans les semaines qui suivent le début de la guerre. Beaucoup de ces touristes ne reviendront pas avant longtemps.

Guerre et surchauffe

Georg Kreis cite également le nombre de kilomètres parcourus par les chemins de fer grisons: ils auraient diminué de moitié entre 1913 et 1919. L'organisation faîtière des hôteliers en appelle de son côté au patriotisme des Suisses, afin qu'ils fassent du tourisme en Suisse et ne dépensent pas leur argent à l'étranger.

Selon l'historien, la guerre n'est cependant pas la seule cause de la chute des bénéfices dans le domaine touristique. Il cite également la surchauffe de la branche comme explication.

A partir de 1916, les soldats grièvement blessés ou malades sont internés dans les hôtels et les palaces vides. Leurs familles viennent parfois en visite. Cela signifie de nouvelles recettes pour l'hôtellerie, car les Etats d'origine des internés payent pour leurs frais d'hébergement.

Belle-Epoque à Kandersteg

Le terme de «Belle Epoque» vaut avant tout pour les classes privilégiées, qui peuvent se permettre de tels voyages. L'élégance et le luxe sont alors volontiers étalés dans les stations.

Kandersteg (BE), dans l'Oberland bernois, en est un bon exemple. «L'ouverture du tunnel du Lötschberg en 1913 a inauguré un temps glorieux pour le village», explique Doris Wandfluh, directrice de l'office du Tourisme de Kandersteg. Situé sur un axe ferroviaire nord-sud, Kandersteg profite en effet du tourisme d'été et d'hiver.

Une période faste qui renaît chaque année, lors d'une semaine de commémoration organisée en hiver. La «semaine Belle Epoque», instituée il y a cinq ans, est un succès, selon Mme Wandfluh. Elle permet également de remplir le «trou» de janvier au niveau touristique.

(ats)