Débat nucléaire

25 mars 2011 16:41; Act: 25.03.2011 16:45 Print

Sans atome, les CFF risquent de rester en rade

Les CFF sont le plus gros consommateur d'électricité du pays, et leurs besoins vont croissants.

Une faute?

Pour eux, renoncer à l'énergie nucléaire n'est pas envisageable dans un avenir proche sans restriction de l'offre, explique Jon Bisaz, responsable de l'énergie à CFF Infrastructure.

L'entreprise consomme environ 2400 gigawattheures par an. Cette quantité constitue 80 % de la production de la centrale de Mühleberg ou l'équivalent de 600'000 ménages. Un quart vient de centrales nucléaires en Suisse et à l'étranger, comme l'a expliqué M. Bisaz dans un entretien à l'ATS. Et cette situation ne devrait pas changer de sitôt.

Les CFF se sont penchés sur ce thème bien avant la catastrophe de Fukushima. «Nous étudions tous les scénarios dans le cadre de notre stratégie d'approvisionnement énergétique», poursuit le responsable de l'énergie et des installations électriques.

La direction de l'entreprise a certes décidé en 2010 de maintenir aussi bas que possible la dépendance à l'énergie nucléaire. Mais la question de savoir quelles sources d'énergie pourraient la remplacer, du moins partiellement, n'est pas encore élucidée.

Demande croissante

Une chose est sûre, selon Jon Bisaz: «Si plusieurs centrales nucléaires devaient être débranchées en même temps, nous ne disposerions sans doute pas d'énergies alternatives en suffisance pour combler ces lacunes».

A cet élément s'ajoute le fait que le besoin en énergie des CFF croît sans cesse. L'horaire plus dense, le tunnel de base du Gothard, le RER zurichois ou le trafic marchandises en hausse font que l'entreprise nécessitera 10 à 15% de courant supplémentaire d'ici 2030.

Des trains plus modernes et plus rapides demandent aussi 40% de puissance en plus. Les CFF couvrent cette soif en courant par le développement de leurs capacités hydrauliques. La centrale de pompage-turbinage Nant de Drance en Valais, à laquelle les CFF participent pour un bon tiers, est en construction.

L'installation de 600 megawatt doit livrer 1500 gigawattheures par an dès 2017. Ce courant est absolument nécessaire pour satisfaire le besoin des CFF aux heures de pointe.

Pour certaines centrales existantes, l'entreprise prévoit des rénovations afin de produire davantage d'électricité. Selon M.'Bisaz, les turbines de celle de Châtelard (VS) datent des années 1920 et doivent être remplacées par des installations d'un rendement supérieur.

Conflit autour des concessions

Les CFF projettent ces aménagements surtout auprès des centrales arrivant en fin de longévité. Outre celles de Châtelard et de Vernayaz (VS), celles de Ritom (TI) et de l'Etzel (SZ) sont concernées.

Mais des problèmes juridiques ont surgi pour ces installations vitales: leurs concessions de toutes les quatre arrivent à échéance ces prochaines années. Alors qu'une prolongation est quasi certaine en Valais et qu'une solution se profile au Tessin, le conflit pour la concession de la centrale schwyzoise est pendant au Tribunal fédéral.

Pour cette raison, M.Bisaz est dans l'impossibilité de donner des précisions sur le renouvellement technique. Ce n'est que lorsque les concessions auront été prolongées que les CFF disposeront de suffisamment de sécurité pour commencer la planification. A l'horizon lointain pointe aussi le renouvellement des centrales dont la concession échoit autour de 2040.

Une question de prix

La demande croissante en énergie, les limites techniques des centrales existantes et l'incertitude quant aux concessions font qu'un abandon de l'atome n'est actuellement guère envisageable pour les CFF, rappelle M.Bisaz.

Mais l'entreprise ne peut pas rester à l'écart des grandes tendances: «Si certains pays décident de sortir du nucléaire, les conséquences sur les CFF seront considérables».

Question de prix aussi: le courant produit par les CFF est moins cher qu'en Allemagne et en Autriche et il est aussi en-dessous des tarifs du marché. Cette situation devrait changer si les CFF doivent acheter davantage de courant à l'étranger ou en provenance de sources alternatives.

Le patron des CFF Andreas Meyer a déjà annoncé que le prix des billets de train allait augmenter en cas de sortie du nucléaire. Or, une hausse des tarifs passe toujours mal auprès des voyageurs, même si elle est décidée pour développer l'offre.

(ats)