Procès Eternit

03 juin 2013 15:41; Act: 03.06.2013 18:01 Print

Schmidheiny condamné à 18 ans de prison en appel

Les juges de la Cour d'appel de Turin ont condamné Stephan Schmidheiny à dix-huit ans de prison, dans le cadre du procès Eternit. Le milliardaire suisse va recourir en cassation.

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L'accusation avait demandé 20 ans de prison. (Photo: Keystone)

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Stephan Schmidheiny, ex-propriétaire de Eternit Suisse, avait déjà été condamné en première instance en février 2012 à 16 ans de réclusion en tant qu'ancien actionnaire important d'Eternit Italie de 1976 à 1986, en même temps que le baron belge Louis de Cartier de Marchienne.

M. Schmidheiny était accusé de «catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et infraction aux règles de la sécurité au travail dans les usines de produits à base d'amiante-ciment. La Cour d'appel de Turin a en revanche décidé d'abandonner les poursuites contre le baron blege Louis de Cartier, condamné à la même peine en février 2012, et décédé le 21 mai.

Manifestation

L'audience de lundi a été marquée par une manifestation de syndicalistes et une délégation du Comité d'aide et d'orientation pour les victimes de l'amiante (Caova). Sur les grilles du tribunal, des manifestants ont accroché une banderole proclamant en français: «Schmidheiny, nous t'attendons en Suisse».

Au total, quelque 700 personnes sont venues de toute l'Europe, dont 400 de Casale Monferrato, un village du Piémont où était basée l'une des quatre usines du groupe transalpin.

Lors du procès, le plus grand et le premier au monde organisé au pénal sur le drame de l'amiante, l'accusation avait requis vingt ans de réclusion. Les avocats de MM. Schmidheiny et de Cartier ont argué qu'ils n'avaient pas de responsabilité directe dans la gestion d'Eternit Italie qui avait fait faillite en 1986, six ans avant l'interdiction de l'amiante dans la péninsule.

Les parents des victimes se disent satisfaits

Les parents des victimes de l'amiante ont exprimé leur satisfaction après la condamnation lundi de l'industriel suisse Stephan Schmidheiny à 18 ans de prison dans le procès Eternit. Ce verdict les «encourage à se battre pour un monde sans amiante».

Après le jugement rendu par la cour d'appel de Turin, l'Observatoire national de l'amiante a annoncé qu'il «poursuivrait son combat pour obtenir justice pour les autres victimes, de Naples, de Syracuse et de toutes les autres parties d'Italie». Il a dénoncé «la soif de profit qui fait que l'on sacrifie des vies humaines».

Un verdict exemplaire

Saluant un verdict «exemplaire», Bruno Pesce, de l'Association des familles des victimes de l'amiante (Afeva), a pour sa part espéré que Stephan Schmidheiny commence à dédommager les victimes «dès demain». «Sinon nous demanderons à l'Etat de nous aider», a-t-il ajouté, demandant à Rome de «ne pas abandonner les victimes».

Même souci de la part du syndic du village de Casale Monferrato, où était basée une des usines du groupe italien Eternit S.p.a. Gênes, qui a obtenu 30 millions d'euros de dommages et intérêts. «Cet argent est très important pour mener des travaux d'assainissement, mais il faut maintenant le récupérer et l'Etat doit nous y aider», a lancé Giorgio Demezzi.

Romana Blasotti, la présidente de l'Association des familles et des victimes de l'amiante de Casale Monferrato s'est pour sa part déclarée «contente» que la peine de M. Schmidheiny ait été augmentée en appel. Cette femme de 84 ans, qui n'a pas manqué une audience du procès, s'est dite «très fatiguée».

Schmidheiny va recourir

Stephan Schmidheiny veut porter le jugement devant la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire en Italie. C'est ce qu'a indiqué son porte-parole Peter Schürmann dans un communiqué.

La défense de M. Schmidheiny a dénoncé un verdict «absurde», «injuste» et «motivé politiquement». Comme en première instance, les juges de Turin ont bafoué la présomption d'innocence et négligé des éléments à décharge portés par la défense, poursuit le communiqué.

L'avocat italien du milliardaire suisse Astolfo di Amato s'est pour sa part dit «indigné» après l'annonce du verdict, dénonçant notamment le fait que l'accusation a «changé plusieurs fois» au cours du procès.

M. di Amato a par ailleurs rappelé que M. Schmidheiny «a dépensé à l'époque 75 milliards de lires, n'en a pas récolté une seule (et) est aujourd'hui condamné à 18 ans de prison. Cela ne me semble pas être de nature à inciter à investir en Italie», a-t-il affirmé.

(ats/afp)