Démission de Schneider-Ammann

25 septembre 2018 09:53; Act: 26.09.2018 06:48 Print

Un capitaine d'industrie plus qu'un homme d'Etat

Le ministre bernois n'a jamais été à l'aise dans son costume de chef de l'économie. Il a réussi à se fâcher avec les paysans et les syndicats.

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Capitaine d'industrie plus qu'homme d'Etat, Johann Schneider-Ammann, 66 ans, n'a jamais été à l'aise dans son costume de ministre de l'économie. Lors de son mandat, il a réussi à se fâcher avec les paysans et les syndicats. Son année présidentielle en 2016 reste marquée par les rires suscités malgré lui par ce piètre orateur.

Plus à l'aise lors de ses missions économiques à l'étranger que devant le Parlement, le libéral-radical semblait fatigué depuis mois émaillés de nombreux conflits et de problèmes de communication.

Le ministre de l'«industrie», comme l'ont surnommé certains UDC, a dès son arrivée au gouvernement en 2010, eu de la peine à tisser des liens avec les paysans. Sa politique agricole 2014-2017 a été fortement contestée tout comme les mesures d'économies pour la période de 2018 à 2021.

La réforme à venir, présentée fin novembre 2017, a fait monter au créneau l'Union suisse des paysans, opposée à la réduction de la protection douanière et à l'intensification des accords de libre-échange, notamment avec le Mercosur.

Syndicats fâchés

Cet été, ce sont les syndicats qui lui ont tourné le dos. Dans la torpeur estivale, ils ont annoncé qu'ils boycottaient les discussions sur les mesures d'accompagnement, principal point d'achoppement des négociations sur un accord-cadre avec l'UE.

Toujours au chapitre de l'Union européenne, ses détracteurs lui ont reproché de ne pas s'être davantage engagé en faveur du maintien des accords bilatéraux avant la votation sur l'initiative contre l'immigration de masse en février 2014.

Le libéral-radical avait fini par lâcher un peu de lest sur des mesures d'accompagnement contre le dumping salarial. Pas question pour autant de s'accrocher à ce bouclier sacré comme l'ont exigé cet été les syndicats pour la négociation de l'accord-cadre avec l'UE.

Malencontreux malentendus

Dépourvu de charisme et maladroit, le Bernois a aussi froissé les travailleurs en évoquant un recours aux baisses de salaires pour compenser la cherté de la devise helvétique. Il s'était rétracté en assurant qu'on l'avait mal compris.

Les milieux universitaires se sont eux effarouchés après l'avoir entendu assurer que plus les détenteurs de maturité sont nombreux, plus le taux de chômage est élevé. Et cela au moment où, en 2013, son département a intégré le secteur des hautes écoles, devenant celui de l'économie, de la formation et de la recherche.

Passivité

La politique du Bernois a consisté à multiplier les déclarations et les apparitions publiques, sans grande décision à la clé. Cette passivité lui a valu nombre de critiques également dans les rangs de la droite. La crise du franc fort l'a ainsi pris de court.

En 2011, après avoir longtemps rechigné à intervenir, le ministre de l'économie a fini par céder aux pressions des branches exportatrices en ficelant un paquet de soutien, à l'encontre de son credo libéral. Il a cependant dû revoir ses ambitions à la baisse: des deux milliards de francs annoncés en fanfare, il n'est resté à la fin qu'un paquet pesant moins de 870 millions.

Sa marche arrière, reléguée ensuite au rang d'erreur de communication, a marqué les esprits. Tout comme son refus de condamner les suppressions d'emplois massives qui ont frappé la Suisse.

Après l'abandon du taux plancher de l'euro en janvier 2015, le libéral-radical a une nouvelle fois décidé de ne pas intervenir. Seule concession, il a facilité le recours au chômage partiel pour les entreprises en difficulté temporaire.

Revers...

Au Parlement, Johann Schneider-Ammann a parfois eu de la peine à vendre ses projets. Les Chambres fédérales ont ainsi coulé sa révision de la loi sur les cartels, censée lutter contre la cherté du franc et les ententes illicites entre fournisseurs et distributeurs. Il a aussi essuyé un revers dans sa stratégie pas à pas face à l'Union européenne pour sauver la recherche.

Sa communication lui a joué des tours lors de son année présidentielle en 2016. Symbole de son malaise face aux médias et de ses difficultés dans l'art oratoire, la fameuse allocution du président de la Confédération à l'occasion de la journée des malades restera dans les mémoires.

D'un air lugubre et sur un ton mécanique, il a déclaré: «Le rire, c'est bon pour la santé!». Ainsi encouragés, ses concitoyens et même des commentateurs étrangers - de Paris à Washington - s'en sont donné à coeur joie.

...et succès

Restent quelques succès à relever. Une de ses plus grandes fiertés est la conclusion d'un accord de libre-échange avec la Chine, en vigueur depuis juillet 2014. Johann Schneider-Ammann a également apprécié les voyages à l'étranger avec des délégations économiques ou les rencontres avec les patrons.

Il peut se féliciter de n'avoir perdu aucune votation populaire, sauf pour le prix unique du livre. Mais le Conseil fédéral avait alors été obligé de défendre un projet concocté par le Parlement.

Accusations

Avant d'entrer au Conseil fédéral, le sexagénaire a siégé durant onze ans au Conseil national. A la tête d'un empire industriel, il a remis ses actions à ses deux enfants avant de devenir conseiller fédéral. Fils d'un vétérinaire emmentalois, l'ingénieur Johann Schneider a rejoint le groupe de son beau-père Ulrich Ammann, à Langenthal (BE), au début des années 1980.

Rattrapé par son passé de patron du groupe de machines Ammann, le Bernois a fait le gros dos durant tout 2014. Après la campagne l'accusant d'avoir usé et abusé des possibilités d'optimisation fiscale au Luxembourg et à Jersey, il a été blanchi par les autorités bernoises.

(nxp/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • René Aubert le 25.09.2018 10:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    lettre ouverte d'un libéral déçu

    Bien sûr qu'il a utilisé les possibilités d'optimisation fiscale préconisées par les grandes fiduciaires de la place, comme toute les grandes multi : Luxembourg, Jersey et j'en passe des dizaines d'autres. De plus il a fait l'erreur de vouloir garder la concurrence de la libre circulation qui pejore les salaires en Suisse depuis plus de 15 ans: il n'y a plus d'augmentation de salaires alors que le bénéfice des entreprises explosent. Plus aucune redistribution des richesses, les grandes entreprises payent moins d'impôts grâce à l'optimisation et le quidam suisse lui paye de plus en plus: impôts, caisse maladie, taxes en tous genres.......et ne reçoivent plus d'augmentation de salaire. Suisse et Suissesse réveillés vous, non Monsieur Amman vous avez été privilégié par l'entreprise de votre beau père, mais nous on ne vous regrettera pas car vous n'avez pas enrichi le suisse moyen, en fait 90% des suisses ont le panier de la ménagère qui diminue. Je ne m'inquiète pas pour votre futur vos copains vous engagerons dans de lucratifs conseil d'administration, bien qu'à 66 ans il faut se reposer, vous en avez grand besoin. Signature : un libéral suisse

  • Nicolas Copernic le 25.09.2018 10:29 Report dénoncer ce commentaire

    Les lois de la physique

    Le conseil fédéral est un organisme qui défie les lois de la physique. Lorsqu'un de ses membres s'en va, il est un peu moins vide.

  • Zalip le 25.09.2018 10:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bon débarras!

    Une erreur de casting de plus au Conseil Fédéral. On ne va pas le regretter!

Les derniers commentaires

  • les dix gaga le 25.09.2018 18:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    il aurait pu

    Tourner dans l'homme invisible

  • JP Romand le 25.09.2018 15:14 Report dénoncer ce commentaire

    Encore 6...

    Encore 6 autres démissions et on sera tranquille.

  • Dune le 25.09.2018 13:51 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Haha

    Rigolé c est bon pour La Santé

    • Burne le 25.09.2018 18:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Dune

      RigolER...

  • Pierre le 25.09.2018 13:39 Report dénoncer ce commentaire

    Un nouveau squetch est à venir

    Avec son talent de comique il a trouvé un job à la RTS cette filiale du gouvernement, comme soporifique il ne pouvait pas trouver mieux comme personnage et comme employeur

  • Enfin le 25.09.2018 13:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Raus

    Un pantin à la solde des lobbies, voilà ce quil est. Il vend le pays aux plus offrant. Quand à ces connaissances agricoles, le fait que son père aïe été vétérinaire ne suffit pas de pouvoir dire quil connaît.