Suisse

25 juin 2019 07:00; Act: 25.06.2019 07:00 Print

Sexe avec des requérants: le tabou qui gêne les ONG

par Frédéric Nejad Toulami - Les relations intimes entre migrants et personnel humanitaire sont une zone grise. Un cas dévoilé récemment les met en lumière.

storybild

Agissant au nom d'Amnesty International, le bénévole était intervenu dès l'aéroport où était le requérant d'asile. (Photo: Keystone)

Sur ce sujet
Une faute?

Quels garde-fous existent au sein des ONG pour éviter des dérapages avec des individus en situation de détresse? Lors d’un récent procès à Lausanne, un jeune migrant sur le banc des accusés a détaillé les relations qu’il a eues avec le sexagénaire bénévole qui l’a assisté à son arrivée en Suisse, il y a 11 ans, pour le compte d’Amnesty International.

Sondage
Que est votre avis sur les rapports que des humanitaires doivent avoir avec des personnes en détresse?

Un procès-verbal présenté lors de l’audience recense les aveux signés du bénévole d’Amnesty. L’homme y admet avoir eu une relation avec le demandeur d’asile alors âgé de 18 ans en 2008. S’il conteste des relations sexuelles complètes avec le requérant qu’il assistait pour lui éviter un renvoi dans son pays, il reconnaît l’avoir accueilli dans son lit plusieurs fois pour partager des attouchements à caractère sexuel. La justice vaudoise avait classé l’affaire en 2017 car les faits s’étaient produits à Zurich.

Bénévole et non salarié

Le sujet embarrasse visiblement l’organisation humanitaire. Sa porte-parole et sa directrice ont finalement demandé à ne pas être citées. Elles assurent ne pas être au courant de cette affaire ancienne. Si la directrice considère que ce type de comportement correspond à un abus de pouvoir, elle insiste sur le fait que cet homme n’était pas salarié par Amnesty International. Des règles existent, y compris pour les bénévoles, et les relations sexuelles y sont proscrites.

Au sein de l’Établissement vaudois d’accueil des migrants (Evam), le règlement indique que «le collaborateur entretenant des liens privés avec un tiers pouvant manifestement aboutir à un conflit d’intérêts dans le cadre du travail est tenu de le signaler à son supérieur». Et ce afin que l’employeur prenne des mesures adéquates pour écarter tout risque. L’Evam ne fournit toutefois aucun chiffre à ce sujet.

Quant au Comité international de la Croix-Rouge, qui a dû faire face à des abus dans le passé, tout «acte contrevenant au Code de conduite interne» doit être dénoncé et des sanctions sont prévues. «Aucune forme de harcèlement ou d’abus n’a sa place, déclarait l’an passé son directeur général, Yves Daccord. Nous sommes déterminés à renforcer nos mécanismes de répression des violations du Code de conduite du CICR.»

(FNT)