Inde

18 septembre 2018 11:49; Act: 18.09.2018 12:30 Print

Syngenta accusé d'empoisonner des paysans

Quelque 800 travailleurs agricoles ont été intoxiqués en 2017 en utilisant des pesticides sur les champs de coton. L'un d'eux est fabriqué à Monthey (VS) par Syngenta.

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Le mari de cette femme est mort d'intoxication après avoir épandu des pesticides dans un champ de coton. (Photo: Atul Loke / Panos Pictures)

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Un scandale éclabousse le géant bâlois de l'agrochimie Syngenta. En effet, un insecticide à large spectre, fabriqué sur le site de Monthey en Valais, est mis en cause dans l'intoxication de près de 800 agriculteurs dans l'État du Maharashtra en Inde, en 2017. Une cinquantaine d'entre eux sont décédés. Or, ce pesticide est interdit en Suisse depuis 2009 en raison de ses effets néfastes sur la santé et l'environnement, révèle mardi Public Eye, anciennement Déclaration de Berne), qui publie une enquête réalisée dans le district de Yavatmal.

L'association, qui oeuvre pour l'amélioration des relations politiques et économiques entre la Suisse et les pays en développement, a rencontré sur place des familles touchées par ces intoxications. Les témoignages font froid dans le dos, explique-t-elle dans son reportage: des centaines d'agriculteurs ont dû être hospitalisés après avoir épandu différents pesticides en grande quantité. Bon nombre d'entre eux ont temporairement perdu la vue. Et ceux qui sont décédés sont morts dans des conditions atroces. Les survivants souffrent souvent de graves séquelles, dénonce-t-elle.

Le Polo incriminé

Un produit a été particulièrement mis en cause par les autorités indiennes et les paysans: le «Polo». Il s'agit en fait du diafenthiuron, l'un des 40 pesticides de Syngenta classés comme «extrêmement dangereux» par le réseau international Pesticide Action Network. Cette substance est toxique en cas d'inhalation et peut occasionner des lésions d'organes en cas d'exposition prolongée ou répétée, selon l'Union européenne des produits chimiques.

Cet homme, intoxiqué, n'utilisera plus jamais le Polo de Syngenta.

Enquête ouverte pour «homicide volontaire»

L'Etat indien a ouvert une enquête en octobre 2017 contre Syngenta pour «homicide volontaire». Selon ses conclusions, les arbres à coton étaient bien plus hauts que d'habitude en raison de la météo cette année-là. Du coup, les paysans ont dû pulvériser les produits toxiques à hauteur de visage, ce qui aurait entraîné «une augmentation de la quantité inhalée. Les agriculteurs auraient en outre travaillé sans équipement de protection adéquat, avec un simple tissu sur la bouche. Mais le géant bâlois a nié que son insecticide était responsable des intoxications.

En vertu de la loi sur la transparence, Public Eye a pu, après des mois d'opposition de Syngenta, avoir accès à des chiffres sur les exportations de ce produit. Selon elle, le diafenthiuron a été produit à Monthey, puis exporté vers des pays du Sud. En 2017, 126,5 tonnes ont été exportées depuis la Suisse, dont 75 tonnes vers l'Inde. Et de nouveaux cas d'intoxication ont eu lieu en 2018 dans l'État du Maharashtra, souligne-t-elle.

Pour l'association, la Suisse doit désormais interdire ces exportations toxiques, comme le souligne une motion déposée en décembre 2017 par la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE). Cosignée par 41 parlementaires de tous bords politiques, elle devrait être débattue au plus tard en 2019. Le texte demande que le Conseil fédéral change l'ordonnance relative à la Convention de Rotterdam sur les produits chimiques et interdise l'exportation des pesticides dont l'emploi est interdit en Suisse.

Initiative à voter bientôt

Pour rappel, une initiative populaire «Entreprises responsables - pour protéger l'être humain et l'environnement» a été déposée à Berne. Elle veut obliger les sociétés sises en Suisse à examiner régulièrement les conséquences de leur activité sur les droits de l'homme et de l'environnement. Elles devraient aussi étudier les mesures à prendre pour prévenir ou supprimer les atteintes éventuelles et rédiger des rapports sur le sujet.

Les entreprises manquant à ce devoir de diligence devraient répondre des dommages causés, y compris par les sociétés qu'elles contrôlent sans participer directement aux activités incriminées.

(cht/nxp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Bruce le 18.09.2018 12:03 Report dénoncer ce commentaire

    Marre

    Je comprends pas trop ce genre de situation : un produit est réputé dangereux en nos sols par contre, il est exporté à outrance à l'étranger. Et en plus, ils osent dire que ce n'est pas leur produit qui est à l'origine de l'empoisonnement. Ces grosses sociétés qui se moquent ouvertement de la vie humaine doivent être punies d'une manière exemplaire. N'infligez pas 500 chf de sanction. Faites-le à coups de milliard. La vie n'a pas de prix. Il est temps qu'ils le comprennent. Si leur produit est inoffensif, qu'ils en bouffent devant nous.

  • Phil b le 18.09.2018 12:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bravo!

    Toute lhypocrisie suisse bien résumée. On produit un pesticide interdit en Suisse sans se soucier des effets sur la santé dans dautres pays.

  • rien de grave le 18.09.2018 12:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    aucune fierté

    comment peut on travailler pour cette entreprise et se regarder dans la glace droit dans les yeux le matin au réveil ??? Vive Monthey !

Les derniers commentaires

  • David le 19.09.2018 20:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Prenons un peu de hauteur

    Il faut aussi garder en tête que si il ny avait que du bio, on ne pourrait nourrir que 1/3 de la planète ! ABE...

    • mais oui bien sûr le 20.09.2018 17:08 Report dénoncer ce commentaire

      @David

      bouffe de la cochonnerie si tu en as envie.... moi pas

  • Jean-francois le 19.09.2018 09:39 Report dénoncer ce commentaire

    Animaux suisses NON, humains indiens OUI

    C'est pour réguler la population mondiale des êtres humains et faire des tests sur cobayes... En suisse les essais sur animaux c'est interdit! Ils ont trouvé des pauvres en Inde...... quoi de plus simple pour nous les suisses ? En Afrique du Sud du temps d'Apartheid il y avait le Dr Wouter Basson et ses recherches sur des germes (bactéries et virus) pour mettre au point des armes de destruction biologique massive attaquant sélectivement la population noire....

  • Mark Cook le 18.09.2018 15:20 Report dénoncer ce commentaire

    Moutons

    Est-ce que c'est mieux 800 morts avec ces produits ou des millions de morts de faim sans ces produits ? Vous ne voyez que ce que les medias vous montrent.

    • Jean Martin le 19.09.2018 20:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Mark Cook

      Vous avez exactement résumé le dilemme pour sécuriser la fourniture en nourriture des pays en voie de développement afin de lutter contre la famine. Sans pesticides la famine dans le monde serait 100 fois plus grande!

  • la seule solution le 18.09.2018 14:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    colonisons ces pays

    l'initiative"entreprises responsables..." c'est bien, mais c'est une ingérence terrible et inapplicable. Si les autres pays comme dans ce cas l'Inde sont incapables de gérer leurs importations et leur emploi de matières toxiques sans se préoccuper comme la SUVA des moyens de protection, une seule conclusion s'impose : il faut les coloniser

    • greg le 18.09.2018 20:19 Report dénoncer ce commentaire

      quoi ?

      quel commentaire méprisant. Comment osez vous écrire et même penset ça ?

    • Mark Cook le 19.09.2018 07:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @la seule solution

      c'est claire qu'il ne faut pas s'étonner qu'ils aient des problèmes si ils pulvérisent ces produits avec les main et un mouchoir sur la nez ...

    • jean-fracois le 19.09.2018 10:19 Report dénoncer ce commentaire

      Bon appétit

      C'est le riz qui vous est servi à midi au plat du jour ou le bon suisse qui fait son voyage en Inde.....

  • E. Sacontinu le 18.09.2018 13:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Préméditation meurtrière

    Une Suisse au dessous de tout soubson, comme d'habitude.