Enseignement

01 mai 2017 09:17; Act: 01.05.2017 09:17 Print

Thurgovie: le français à l'école en question

Les députés seront au centre de l'attention mercredi. Ils se prononceront sur l'avenir du français au niveau du primaire.

storybild

Le sujet de l'enseignement des langues au primaire a déjà fait l'objet de plusieurs votations cantonales en Suisse alémanique. (Photo: Keystone)

Une faute?

Le parlement thurgovien se prononce mercredi sur l'avenir du français à l'école primaire. Soit il le supprime et renforce son enseignement à l'école secondaire, soit il maintient son introduction en 5e année, en conformité avec le concordat HarmoS et le plan d'études scolaires alémanique. L'issue du vote est ouverte.

Le gouvernement thurgovien soumet au Grand Conseil une modification de la loi scolaire en y ajoutant le paragraphe suivant: «Le français est enseigné dès le début de l'école secondaire en tant que seconde langue étrangère.» Il ne donne toutefois aucune recommandation de vote et ne fait que donner suite à une motion approuvée en juillet 2014 par le parlement en ce sens.

Il y a trois ans, la majorité des députés était parvenue à la conclusion que l'enseignement du français surcharge de nombreux élèves à l'école primaire. Elle souhaitait que le nouveau plan d'études scolaires alémanique soit mis en oeuvre de manière allégée en supprimant cette branche au primaire tout en la renforçant au secondaire.

La Thurgovie montrée du doigt

Cette décision suscitait un tollé dans le reste du pays, Suisse romande en tête. En abandonnant le principe du 3/5 (enseignement des deux principales langues étrangères dès la 3e, respectivement 5e année primaire), la Thurgovie était accusée de menacer la cohésion nationale et l'entente entre les régions linguistiques.

Les intentions thurgoviennes ont incité le conseiller fédéral Alain Berset à intervenir en proposant une loi fédérale garantissant l'enseignement d'une deuxième langue nationale à l'école primaire. Il a ensuite fait machine arrière tout en menaçant de revenir à la charge si l'harmonisation scolaire était remise en cause.

Le projet proposé l'an dernier par le gouvernement thurgovien à la demande du parlement prévoyait la suppression du français au primaire et son enseignement renforcé dès le secondaire. Son but était de parvenir au même niveau de maîtrise de la langue de Molière en fin d'école obligatoire que dans les autres cantons.

Alternative remise en question

La mise en consultation du plan d'études remodelé n'a toutefois pas suscité l'approbation escomptée. Nombre de politiciens thurgoviens craignaient, cette fois-ci, qu'une place prépondérante soit accordée aux langues à l'école secondaire, au détriment des autres branches. La Confédération réitérait, elle, ses critiques sur le renvoi du français.

Pour assurer ses arrières et placer le Grand Conseil face à ses responsabilités, le Conseil d'Etat a décidé de lui soumettre une modification de la loi scolaire incluant le paragraphe litigieux. La commission compétente du parlement a soutenu le texte à la mi-avril, par 9 voix contre 5, tout en reconnaissant ne détenir aucune preuve de la surcharge des élèves à l'école primaire.

Pour elle, il est exagéré de prétendre qu'un canton menace la cohésion de la Suisse si elle se soustrait au modèle harmonisé d'enseignement des langues. Malgré l'avis favorable de la commission, l'issue du vote de mercredi reste ouverte.

Dispenses de français?

D'anciens motionnaires ont laissé entendre qu'ils pourraient voter pour le maintien du français à l'école primaire à certaines conditions. La proposition du gouvernement d'autoriser une dispense des cours de français aux élèves en difficulté pourrait en faire partie, toute comme l'obligation d'enseigner le français en petits groupes, demi-classe par demi-classe. Ces aménagements seraient mis en place en cas de «non» à la modification de la loi.

A titre personnel, la ministre chargée du dossier Monika Knill (UDC) est favorable au maintien du français à l'école primaire. «En le supprimant du programme, on ne fait que renvoyer des problèmes non résolus à l'école secondaire», estimait-elle au moment de la décision du parlement en 2014.

Il n'est pas exclu que les citoyens thurgoviens aient, finalement, le dernier mot. Un référendum pourrait être lancé en dernier recours.

Votations à Zurich et Lucerne

Le sujet de l'enseignement des langues au primaire a déjà fait l'objet de plusieurs votations cantonales en Suisse alémanique, dans le cadre de la mise en oeuvre du plan d'études harmonisé notamment. Certains textes visaient aussi directement l'enseignement d'une des deux langues étrangères. Jamais, les citoyens ont approuvé une suppression. A Nidwald, les citoyens ont balayé en 2014 une initiative de l'UDC réclamant le renvoi du français au secondaire.

Le 21 mai prochain, les Zurichois voteront sur une initiative des milieux de l'enseignement demandant la réduction à une seule langue étrangère enseignée à l'école primaire. Un objet similaire sera soumis au Lucernois cet automne.

(nxp/ats)