Berne

16 janvier 2015 14:12; Act: 16.01.2015 17:44 Print

Un ancien rebelle libérien arrêté en Suisse

L'homme est soupçonné «d'avoir commis ou donné l'ordre à ses troupes de commettre des meurtres de civils, un viol ainsi que des actes visant à réduire la population en esclavage et à la terroriser», selon le Ministère public de la Confédération (MPC).

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La Suisse a arrêté un ancien commandant rebelle libérien, soupçonné de crimes de guerre durant la première guerre civile qui a ravagé ce pays d'Afrique entre 1989 et 1996. Pour les défenseurs des victimes, cette arrestation «marque un moment décisif» dans leur quête de justice.

Le suspect est un ancien commandant du Mouvement uni de libération pour la démocratie (ULIMO), un groupe armé impliqué dans ce conflit. Il est soupçonné «d«avoir commis lui-même ou donné l«ordre à ses troupes de commettre notamment des meurtres de civils, un viol ainsi que des actes visant à réduire la population en esclavage et à la terroriser», selon le Ministère public de la Confédération (MPC).

Ces faits auraient eu lieu durant les années 1993 à 1995, a précisé vendredi le MPC à l'ats, confirmant une information de l'agence AP. Les services du procureur général de la Confédération Michael Lauber mènent «depuis la fin août 2014 une instruction pénale pour soupçon de crimes de guerre contre un ressortissant libérien résidant depuis plusieurs années en Suisse et actuellement en détention provisoire».

Plainte d'une organisation genevoise

Le MPC a été alerté par une plainte pénale déposée par sept victimes de la guerre civile représentées notamment par l'association Civitas Maxima. Selon cette organisation genevoise et AP, le suspect s'appelle Alieu Kosiah. Il a été arrêté le 10 novembre à Berne, où il habitait, et placé en détention pour trois mois.

Les plaignants accusent Alieu Kosiah d'avoir «participé directement à des crimes de masse» commis par l'ULIMO contre des civils dans le district de Lofa (nord-ouest), un district dont cette milice a occupé de larges parties durant cette période, précise Civitas Maxima dans un communiqué.

Espoir pour les victimes

Selon l'association genevoise, cette arrestation «fera date». Alieu Kosiah est le premier responsable de l'ULIMO mis en détention pour des crimes commis pendant la guerre civile.

Quelques semaines avant lui, la justice belge avait par ailleurs arrêté et inculpé Martina Johnson, une ancienne commandante du Front national patriotique du Liberia (NPFL) de l'ex-président Charles Taylor, qui a combattu contre l'ULIMO durant la guerre civile.

L'arrestation de Mme Johnson «a donné de l«espoir à des milliers de victimes sur le fait que justice pouvait devenir réalité», celle d'Alieu Kosiah «marque un moment décisif car (...) elle renforce la demande des Libériens pour que la justice soit impartiale», s'est félicité Hassan Bility, le directeur du Global Justice and Research Project (GJRP) basé à Monrovia.

«Nous portons la conviction que les anciens commandants de toutes les factions qui ont commis des crimes pendant les guerres civiles au Liberia doivent rendre des comptes, sans exception», a-t-il ajouté, cité dans le communiqué de Civitas Maxima.

Centaines de milliers de tués

Les quatorze années de guerre civile au Liberia (1989-1996 et 1999-2003) ont fait 300'000 tués et des centaines de milliers de déplacés, ravagé le pays et détruit la quasi-totalité des infrastructures. Les combattants ont été accusés des plus cruelles tueries et atrocités, mutilations, viols et actes de cannibalisme.

(ats)