Grounding de Swissair

19 septembre 2011 11:42; Act: 19.09.2011 12:22 Print

Un procès pour rien: les accusés sont blanchis

De coupables, il n'y en aura finalement pas dans la débâcle de la compagnie aérienne helvétique Swissair.

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Incrédule et choquée par la faillite de Swissair, la Suisse a placé tous ses espoirs dans le procès jugeant les anciens cadres du groupe. Mais après plusieurs semaines de débats, la justice zurichoise a acquitté les 19 inculpés. Beaucoup de questions sont restées sans réponse.

Ce matin glacial de janvier 2007, les représentants des médias suisses et de plusieurs pays comme la Belgique, la Pologne ou la France ont fait le déplacement vers la halle communale de Bülach, cité aux abords de l'aéroport de Zurich. Dans la salle d'audience, ils rejoignent des anciens actionnaires ou de simples curieux venus assister au plus grand procès économique que la Suisse ait connu.

Cinq mois plus tard, le 7 juin 2007, au même endroit et devant 300 personnes, le président du Tribunal de district de Bülach Andreas Fischer rend son verdict dans un silence de mort. Aucun des chefs d'accusation n'est retenu et les inculpés sont dédommagés à hauteur de 3 millions de francs.

Pour le juge Fischer, contrairement à ce qu'aurait souhaité le public, la cour n'avait pas à se prononcer sur la débâcle, le grounding d'octobre 2001 ou le bien-fondé de la stratégie du «chasseur» menée par SAirGroup et ses dirigeants. L'acquittement général ne signifie cependant pas que l'acte d'accusation a été présenté à tort, a-t-il néanmoins affirmé.

29 jours d'audience

Il aura fallu 29 jours d'audience du 16 janvier au 9 mars 2007, quatre procureurs et trois juges pour en arriver là. Au terme de trois longues journées de réquisitoire, le Ministère public a exigé des peines de prison de 6 à 28 mois et pécuniaires de 38'000 à plus d'un million de francs.

Long de 100 pages, l'acte d'accusation portait notamment sur des délits de gestion déloyale, gestion fautive, faux dans les titres et faux renseignements sur des sociétés commerciales.

Principal accusé, Mario Corti était le seul à risquer une peine ferme. Le procureur en chef Christian Weber avait réclamé 28 mois, dont six ferme, et une peine pécuniaire de 1,08 million de francs.

Dernier patron de SAirGroup, Mario Corti a surtout tenté, au cours du procès, de se réhabiliter. Muni d'une documentation précise, il a attaqué l'accusation et sorti des documents de sa manche prouvant qu'il aurait pu sauver la compagnie aérienne si on l'avait laissé faire.

Philippe Bruggisser, directeur de 1997 à janvier 2001, Eric Honegger, président du conseil d'administration et directeur du groupe de janvier à mars 2001 après le licenciement de Philippe Bruggisser, le milliardaire Thomas Schmidheiny, membre du conseil, se sont aussi exprimés, apportant leurs propres explications à la débâcle.

Gratin de l'économie

En revanche, les autres inculpés, principales figures de l'économie suisse des années 1990 et membres du conseil d'administration de SAirGroup, se sont tus: l'ex-patron du Credit Suisse Lukas Mühlemann, l'ancienne conseillère aux Etats zurichoise Vreni Spoerry, l'ex-président du Vorort Andres Leuenberger, le banquier genevois Bénédict Hentsch ou l'ex-patron du Comptoir de Lausanne Antoine Hoefliger.

Les anciens chefs des finances de SAirGroup, Georges Schorderet et Jacqualyn Fouse, étaient aussi sur la sellette ainsi que d'autres membres de la direction, des conseillers externes et l'ex-patron de la compagnie aérienne polonaise LOT, Jan Litwinski.

Le Ministère public zurichois a démarré son enquête avant le grounding de 2001. Il a interrogé 130 personnes, effectué 20 perquisitions et collecté des documents équivalant à 4150 classeurs fédéraux, soit une longueur de 270 mètres. Après quatre ans et demi de travaux, la première plainte est déposée, au printemps 2006.

(ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Légion le 19.09.2011 12:13 Report dénoncer ce commentaire

    Le paradoxe helvétique...

    ... Ou comment claquer 10 milliards qui ne sont pas à soi et se faire payer 3 millions pour pareille exploit. Sérieusement, une justice un peu borgne ou mongole (à choix) qui n'a rien trouvé de mieux que de tirer sur l'ambulance (Corti) sans que le mégalo-fossoyeur Brugisser ne soit inquiété. Minable...

  • tElL le 19.09.2011 13:02 Report dénoncer ce commentaire

    S U P E R

    A l'image du pays , décadent, pourri, insolent, minable , ETC ETC

  • Le P'tit suisse le 19.09.2011 13:21 Report dénoncer ce commentaire

    Sacré Pilippe

    Philippe Brugisser, fossoyeur de Swissaire par sa "stratégie du chasseur" suicidaire, a été viré de Swissaire le 23 janvier 2001 avec une indemnité de 2,2 millions de francs et 3,75 millions pour sa caisse de pension (tout de même !). Puis lors du procès de la débâcle, il a même été gratifié d'une indemnité pour dédomagement (de quoi ?) de 162'000 chf. Depuis 2002, il est consultant dans la branche du transport aérien. On crois rêver...

Les derniers commentaires

  • Patch1233 le 19.09.2011 13:42 Report dénoncer ce commentaire

    Douce Suisse...

    Cette affaire, ce procès et son verdict résume parfaitement l'image de la Suisse, tant à l'interne qu'à l'étranger. Venez, faites vos magouilles, repartez riche et sans emmerdes... Par contre, ne parquez pas votre voiture hors des clous car là, vous risquez ....

  • Enrique le 19.09.2011 13:34 Report dénoncer ce commentaire

    Déjà 10 ans ? Toujours aussi mal au cul.

    Il est grand temps de ressortir le pot de vaseline, format familial, afin de commémorer dignement une des plus grandes sodomies collectives de ce pays ! "Un procès historique, des têtes vont tomber, ..." : je m'en souviens comme si c'était hier, quel magistral "foutage" de gueule.

  • Le P'tit suisse le 19.09.2011 13:21 Report dénoncer ce commentaire

    Sacré Pilippe

    Philippe Brugisser, fossoyeur de Swissaire par sa "stratégie du chasseur" suicidaire, a été viré de Swissaire le 23 janvier 2001 avec une indemnité de 2,2 millions de francs et 3,75 millions pour sa caisse de pension (tout de même !). Puis lors du procès de la débâcle, il a même été gratifié d'une indemnité pour dédomagement (de quoi ?) de 162'000 chf. Depuis 2002, il est consultant dans la branche du transport aérien. On crois rêver...

  • Manu le malin le 19.09.2011 13:19 Report dénoncer ce commentaire

    Ha l'être humain ...

    N'oublier pas, un homme à qui vous avez enlevé tout espoir, n'a plus peur de votre pouvoir ... Plus on est gros, plus on peut se permettre de détourner, gaspier. Plus on est petit et plus on en ramasse pleins la gueule, nous, les humains qui comptons tous les fins de mois au francs près, nous qui faisons un pet de travers, ces gros nous enfoncent encore plus dans la misère. Malheureusement trop tard pour changer les mentalités. Seule solution, une bonne guerre mondiale ou leur pouvoir ne vaudra plus rien ...

  • MaurOli le 19.09.2011 13:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Un vrai holdup ... légal!

    Non seulement cet événement et le jugement qui s'en est suivi est une honte pour la démocratie suisse et son éthique déclarée, mais aussi un mensonge sur ce qui s'est réellement passé. Un vrai 'holdup' à la diligence digne des meilleurs western. Mêmes avions, infrastructure identique, même personnel, organisation presqu'identique, et ô miracle Swiss renait... de ses cendres! D'où venait l'argent? Oui celui que l'on a perdu....