Surveillance

12 avril 2016 14:52; Act: 12.04.2016 15:24 Print

Un référendum contre les écoutes téléphoniques

Une alliance de partis et d'organisations dénonce la nouvelle loi sur la surveillance de la correspondance qu'elle juge «intrusive».

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Selon la révision de la loi, les fournisseurs de services postaux comme les opérateurs de télécommunications devront conserver durant six mois les données secondaires. Ces informations permettent de savoir qui a communiqué avec qui, à quelle date, pendant combien de temps et avec quels moyens techniques. (Photo: Keystone/Archives/photo d'illustration)

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La révision de la loi sur la surveillance de la correspondance par poste et télécommunication introduit deux nouveautés: une durée de conservation des données secondaires plus longue, à six mois. Et la possibilité pour la police d'utiliser des logiciels espions qui permettent de décoder des messages de criminels potentiels comme des terroristes, des pédocriminels ou des criminels financiers.

«La révision est trompeuse et disproportionnée. Tous les ordinateurs et smartphones privés pourront être surveillés par les chevaux de Troie de l'Etat. Cela affaiblit la sécurité du système en général et met en question la validité des preuves ainsi obtenues», a fait valoir mardi à Berne le président de la Jeunesse socialiste suisse (Juso) Fabian Molina.

Il était accompagné par des représentants des sections jeunes de l'UDC, du PLR et des Vert'libéraux, ainsi que par le parti Pirate. Des organisations actives dans les technologies de l'information étaient également présentes.

Les Verts, absents lors de la conférence de presse, ont annoncé leur soutien au référendum. Pour le conseiller national zurichois Balthasar Glättli, cité dans un communiqué, il n'est pas acceptable que l'Etat puisse «enquêter sur de simples vols ou des déprédations à l'aide de chevaux de Troie au même titre que sur des crimes graves».

Données «en danger»

Selon la révision de la loi, les fournisseurs de services postaux comme les opérateurs de télécommunications devront conserver durant six mois les données secondaires. Ces informations permettent de savoir qui a communiqué avec qui, à quelle date, pendant combien de temps et avec quels moyens techniques.

Les données récoltées pourraient être conservées à l'étranger, selon le libre choix du fournisseur. «Aussi dans des pays dont on n'a pas la preuve qu'ils respectent les lois sur la protection des données», a affirmé le conseiller national Franz Grüter (UDC/LU), également entrepreneur dans le domaine. L'UDC et les Verts s'étaient engagés en vain au Parlement afin que ces données secondaires soient conservées en Suisse.

«Pas efficace»

La loi obligera aussi La Poste, les opérateurs de télécommunications comme Swisscom, les services de messagerie électronique type Skype, les forums en ligne, les lieux offrant du Wi-Fi comme des hôtels ou des hôpitaux ou encore les revendeurs de cartes Internet ou de téléphone, à collaborer en cas d'enquêtes sur de dangereux criminels.

Mais cet arsenal n'est pas efficace, a assuré le vice-président des jeunes Vert'libéraux Pascal Vuichard. «Des fournisseurs populaires comme Whatsapp, qui compte un milliard d'utilisateurs dans le monde, n'ont pas leur siège en Suisse et ne seront donc pas couverts par la loi.» L'extension de la loi aux entreprises suisses leur fera simplement du tort sur le plan économique.

Antennes «antidémocratiques»

De plus, les logiciels mouchards dits «government software» (GovWare) et des IMSI-catchers (des antennes cachées qui permettent d'espionner les téléphones portables) pourront désormais être employés dans le cadre de procédures pénales.

Avec ce système, «tous les téléphones mobiles des environs seront identifiés. Car ces antennes émettent plus fortement que toutes les autres», a expliqué le vice-président des Pirates et expert en informatique Patrick Stählin.

Fantôme de Snowden

Plusieurs orateurs ont invoqué l'ex-employé américain de la NSA, devenu lanceur d'alerte, Edward Snowden. Depuis ses révélations, «on sait que la surveillance de masse des citoyens n'est pas un hasard, mais l'action d'un courant anti-démocratique réfléchi», a asséné l'activiste digitale Sabrina Schleifer.

De nombreux garde-fous sont toutefois prévus par la loi: seul un tribunal pourra ordonner cette surveillance dans le cadre de procédures pénales. De plus, uniquement les données utiles à l'enquête seront gardées. Le transfert des données à l«autorité de poursuite pénale compétente devra être sécurisé.

Les référendaires ont jusqu'au 7 juillet pour récolter 50'000 signatures. Franz Grüter s'est dit «optimiste». Au Parlement, la révision a bénéficié d'un large soutien parmi tous les partis.

(nxp/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • hahahaha le 12.04.2016 15:11 Report dénoncer ce commentaire

    olalala

    Atteinte à la vie privée, mais vu que c'est l'Etat, ca passe -_-. Par contre, cela peut devenir utile dans certains cas (crimes, terrorisme, etc).

  • Laurent le 12.04.2016 15:08 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    mais quelle bonne idée, ou pas

    Déjà que la Suisse est le supermarché des armes en Europe , sabotons encore les moyens mise en oeuvre pour nous protéger des grands malades qui sont parmi nous. Mais quelle brillante idée ce référendum! Cette loi n'embête que ceux qui ont quelque chose à cacher. Encore une votation pour rien en vue qui va juste jeter nos impôts par la fenêtre.

  • artik le 12.04.2016 15:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    police

    dans le cadre d enquêtes criminelles cela est nécessaire !

Les derniers commentaires

  • Chris le 20.04.2016 13:02 Report dénoncer ce commentaire

    Invraisemblable!

    Voilà, on y est! Big brother est DEJA là. Sous couvert de lutte contre le terrorisme on veut nous faire avaler les intrusions jusque dans nos vies privées. Les truands arriveront toujours à s'en protéger, mais les simples citoyens (communément appelés gogos) eux seront juste cul nul devant d'autres citoyens qui eux travaillent pour le gouvernement. C'est exactement la même chose que si on avait dit il y a 20 ans qu'il fallait que le gouvernement lise toutes nos lettres pour nous protéger, personne n'aurait accepté cela, c'était en fait les méthodes de la Stasi dans l'Allemagne de l'Est!

  • Ah bon le 13.04.2016 12:06 Report dénoncer ce commentaire

    Parallogisme

    Faux débat de croire qu'une surveillance globale des citoyens empêcherait les criminels de sévir surtout qu'ils sont très bien organisés utilisant les mêmes moyens technologique pour passer entre les mailles du filet de l'Etat. Nous sommes qu'au début d'une ère cité digitale qui au fur et à mesure privera les citoyens de leur vie privée.

  • Frjo le 13.04.2016 08:39 Report dénoncer ce commentaire

    le monde à l'envers...

    Google et Apple savent déjà tout de nous, mais on met les bâtons dans roue des forces de sécurité à écouter en cas de besoin...Comme quelqu'un l'a noté ici: seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher ont peur de cela.

  • Bibi le 12.04.2016 21:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Tous des bisounours

    Ne me faites pas rire j'ai les lèvres gercées. Il y a des caméras dans les rues, Migros et Coop (pour ne nommer qu'eux) nous suivent avec leurs cartes. Nous sommes tracés par nos paiements électroniques, nos achats sur internet. Les Swift, moyens de paiements interbancaires, basé en Belgique, pas soumis au secret bancaire. Je continue... Perso, je me fous qu'on lise mes messages, qu'on m'ecoute, au pire ils vont s'emmerder, au mieux ils vont s'instruire. La liberté est dans la tête. De plus si cela peut me permettre de me balader sans risquer de tomber sur un terroriste, ça me va

  • Un pragmatique le 12.04.2016 16:08 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pas le peuple qui décide

    Seulement deux choix : 1) on accepte la législation et l'existence officielle de tous les moyens de contrôle électroniques déjà en usage par les autorités au pouvoir, élues ou pas, avec l'avantage d'être en mesure d'exiger des résultats. 2) on continue dans l'hypocrisie actuelle avec l'avantage d'être traité d'atteint mentalement si l'on maintient l'existence des moyens de contrôle avec mise à l'écart, qui peut être définitive surtout si vous ne faites pas partie des partisans du complot ou que vos connaissances techniques, voir professionnelles, sont succeptibles de vous rendre crédibles. En plus, nos autorités ne peuvent être tenues pour responsables si elles n'ont officiellement pas les moyens de faire face à certains problèmes. Ne pas oublier que l'EI s'est contenté de recycler les anciens soldats du renseignement de Sadam Hussein, virés par ses remplaçants et pas forcément par les américains.