Norme anti-homophobie

27 janvier 2020 19:20; Act: 29.01.2020 09:28 Print

Une «loi de censure» ou un simple «vivre-ensemble»?

par Pauline Rumpf - Le peuple étendra ou non la loi contre les discriminations. D’aucun craignent une forme de censure et remettent en question les violences subies par les LGBT.

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Faut-il sanctionner les appels à la haine homophobe au même titre que les incitations à la discrimination raciale? C’est la question que devra trancher le peuple suisse le 9 février, sur l’impulsion du conseiller national socialiste Mathias Reynard.

En clair, il ne sera plus permis de tenir publiquement un discours haineux contre les LGBT dans leur ensemble. Il est déjà proscrit aujourd’hui de le faire en fonction de la religion ou de l’origine ethnique, ou d’injurier quelqu’un.

Sujet à interprétation

«L’application de la norme actuelle par les tribunaux est assez libérale, précise Alexandre Curchod. Ce crime sera poursuivi d’office, mais pour qu’il y ait condamnation, il faut que le juge constate trois critères: un discours intentionnellement haineux, tenu publiquement, et qui constitue une attaque générale envers le groupe.»

Pour les défenseurs de la norme, soit tous les grands partis sauf l’UDC, il faut protéger ceux qui font face à de la haine et des discriminations en raison de leur orientation sexuelle. Et de rappeler que le taux de suicide des jeunes LGBT est 2 à 5 fois plus élevé que la moyenne, généralement à la période du coming-out.

Estimant que cette nouvelle règle constitue de la censure, l’UDF, issue de la droite chrétienne, a lancé un référendum. Elle craint que la loi actuelle ne perde de sa substance en étant étendue, et que la liberté d’expression ne soit limitée.

En effet, la notion de haine est sujette à interprétation, jugent-ils. Certains demandent aussi que par exemple un patron d’hôtel puisse refuser une chambre à un couple homo. Certains remettent aussi en question que les LGBT soient victimes de discriminations ou subissent des violences.

Polémique autour des signatures

Peu avant le dépôt du référendum, la plupart des observateurs ne donnaient pas cher de ses chances d’aboutir. Puis une polémique a éclaté: plusieurs citoyens ont en effet annoncé avoir été trompés par les démarcheurs, qui auraient présenté le texte comme proposant des outils contre l’homophobie dans l’armée. Une vidéo a même été tournée par Mathias Reynard. L’UDF a rejeté ces accusations, assurant que les arguments des récolteurs de signatures étaient clairs, mais a reconnu ne pas pouvoir contrôler tout le monde.