Congrès musulman à Bienne

20 février 2011 15:29; Act: 21.02.2011 06:52 Print

Une conférence «contre-productive»

par Raphaël Pomey - Le succès du congrès de Nicolas Blancho et consorts alarme la communauté albanophone suisse. De nombreux jeunes ont participé à l'événement.

Voir le diaporama en grand »
A gauche, Nora Illi, responsable du secteur femme du Conseil islamique central. A ses côtés, la journaliste Yvonne Ridley Une foule impressionante a envahi la salle pour écouter l'imam de Pristina, Shefqet Krasniqi L'imam néo-salafiste Shefqet Krasniqi, en plein discours Il a appelé les jeunes musulmans à être fiers de leurs valeurs Une confrontation vive mais pacifique entre fidèles musulmans et chrétiens a eu lieu aux abords du Palais des Congrès Quelques jeunes au crâne rasé ont manifesté La salle de prière des hommes. Celle des femmes était interdite aux caméras la manifestation avait prévu une entrée séparée pour les hommes et les femmes Il n'y avait pas de «dress code» Les manifestants vus depuis le Palais Des manifestants aux looks skinheads se sont joints à la contre-manifestation De nombreux jeunes des Balkans attendaient le discours de l'imam venu de Pristina, au Kosovo L'entrée est vite devenue saturée Nicolas Blancho (droite), président du Conseil Central Islamique salue et donne des chocolats avec Daniel Zingg (gauche), du comite d'interdiction des minarets au milieu des manifestants. Des chrétiens ont manifesté devant le Palais des Congrès. Nicolas Blancho leur a offert des sucreries. Une minute de silence a eu lieu pour les musulmans victime de la guerre en Somalie, de Tchétchénie et d'Irak. Le président du CCIS Nicolas Blancho a appelé la communauté musulmane à faire son autocritique et à rompre avec ses réflexes hérités du passé. Il n'a pas dérapé Une distribution de nourriture en plein congrès.

Sur ce sujet
Une faute?

Succès, triomphe, gros coup... «Le plus grand événement islamique jamais organisé en Suisse», comme l'avait vendu son organisateur, Nicolas Blancho, a tenu toutes ses promesses, samedi. Alors qu'un millier de visiteurs était attendu, c'est le double qui s'est rendu au Palais des Congrès de Bienne, transformé pour l'occasion en Mecque helvétique de l'islam rigoriste.

Le coup de Blancho: attirer les jeunes de Balkans

Parmi ces visiteurs, la forte présence de jeunes issus des Balkans a frappé la majorité des observateurs, sur place. Objectif principal de leur visite: assister à la conférence de Shefqet Krasniqi, imam de Pristina, au Kosovo. Devant une assemblée acquise à sa cause, le charismatique néo-salafiste a tenu un discours fortement identitaire, appelant les jeunes musulmans à être fiers de leur religion et de ses valeurs. Accueilli par un retentissant cris à la gloire d'Allah, le religieux a aussi été ovationné à sa sortie.

Inquiétant?

Est-ce à dire que le Conseil central islamique suisse de Nicolas Blancho, organisateur de l'événement, s'est fait une place auprès des jeunes musulmans originaires de Balkans? Samedi soir déjà, Mallory Purdie, Membre fondatrice du Groupe de recherche sur l'islam en Suisse avait exprimé des doutes, expliquant que l'ensemble des participants au congrès ne partageaient pas forcément les positions du groupe organisateur, très rigoristes.

Un discours qui comble un vide chez les jeunes musulmans des Balkans

Universitaire spécialiste de la diaspora des Balkans et directeur du site albinfo.ch, Bashkim Iseni enfonce le clou. Pour lui, si Nicolas Blancho a frappé fort avec son invité, c'est avant tout parce que ce dernier tient un discours qui comble un vide chez les jeunes originaires des Balkans. «Beaucoup ont une quête identitaire, sont très revendicateurs, explique le scientifique. Or, l'offre des mosquées traditionnelles est en complet décalage avec ces aspirations.» Ces dernières souffrent, d'après le chercheur, d'un discours trop «plan-plan» («à la Don Camillo») pour être à même de capter l'intérêt des jeunes, plus remuants.

Malgré ce que laisse penser le succès de l'événement, sa star Shefqet Krasniqi est fortement décriée chez les croyants albanophones suisses. Le site albinfo.ch publie d'ailleurs lundi, en français, les prises de positions de plusieurs imams de mosquées albanaises en Suisse. De manière plus ou moins directes, tous y font part d'une certaine défiance vis à vis de Conseil islamique de Nicolas Blancho et de l'Imam de Pristina. L'un des intervenant, l'imam Mustafa Mehmet, de Berne, juge que la participation de Shefqet Krasniqi contreproductive car elle ne facilitera pas l’exercice raisonnable de la foi musulmane en Suisse.

Pour Valentina Smajli, vice-présidente du forum pour un islam progressiste, les diasporas albanophones suisse n'ont «pas besoin» des sermons de Shefqet Krasniqi, car ceux-ci conduisent à des troubles au sein des diasporas. Elle prend en exemple son attaque anti-mère Teresa, accusée de rôtir en enfer par le religieux, alors que «tous les Albanais sont fiers» de la religieuse béatifiée par Jean-Paul 2.