Zurich

01 juillet 2014 07:48; Act: 01.07.2014 22:41 Print

Une simple bague prise pour une arme interdite

La police municipale zurichoise a saisi dimanche un bijou fantaisie composé de deux anneaux. Pour les forces de l'ordre, il s'agissait d'un poing américain.

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Selon l'Office fédéral de la police, il n'existe aucune définition précise permettant de différencier une bague et un poing américain. Ici: la bague confisquée par la police municipale zurichoise. (Photo: DR)

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John R.*, un Zurichois de 29 ans, peine à cacher sa déception. Dimanche, à la place de la gare de Zurich-Oerlikon, il s'est fait confisquer une bague achetée il y a cinq ans dans une boutique H&M. «Elle faisait tellement joli sur ma main», regrette l'homme. Une patrouille de la police municipale a saisi cet objet, composé de deux anneaux reliés entre eux, au motif qu'il s'agissait d'un poing américain, arme interdite en Suisse. «J'ai passé à côté de deux policiers qui étaient en train de contrôler des adolescents. Un des agents m'a suivi», raconte John R. qui a essayé d'expliquer qu'il ne s'agissait que d'un bijou pour lui. Mais le policier n'a rien voulu entendre. Il lui a dit qu'il devait soit payer une amende, soit donner sa bague.

Contacté, le porte-parole de la police municipale, Marco Cortesi, confirme que les agents ont agi correctement: «Du moment qu'une bague passe sur deux doigts ou davantage, elle peut être considérée comme un poing américain.»

La loi suisse reste assez floue

Reste que, en ce moment, on trouve de nombreux bijoux correspondant à ce critère dans les rayons des boutiques. Pourraient-ils tous être assimilés à des armes prohibées? Difficile de donner une réponse claire. Tout dépend en effet de l'interprétation faite par les agents de police. Au pire des cas, ce serait aux tribunaux de trancher. La loi suisse à ce sujet est en effet assez floue. «Il n'existe aucune définition précise qui indique à partir de quelle taille une bague peut être considérée comme un poing américain», explique Danièle Bersier, porte-parole de l'Office fédéral de la police. Il faudrait analyser chaque bague individuellement afin de déterminer la gravité de blessures qu'elle pourrait infliger à quelqu'un si elle était utilisée pour lui porter un coup.

Dans le Jura, une bague est considérée comme un poing américain «du moment que l'objet en question a été fabriqué de manière artisanale dans le but de s'en servir comme un poing américain», explique Marie-Jane Intenza, juriste et adjointe au commandant de police. Il s'agit, selon elle, d'une appréciation qui doit être faite selon les circonstances du moment, du lieu et du contexte de l'interpellation, de la personne interpellée et de son attitude. Dans le canton, aucune bague du genre n'a encore été confisquée. Même son de cloche à Neuchâtel où le porte-parole de la police cantonale, Pierre-Louis Rochaix, rappelle que ce type de bijou peut être considérée comme une arme, un objet dangereux ou comme une simple bague: «Les circonstances de la saisie, le comportement ou le passé du porteur de la bague peuvent influencer sur la définition que l’on pourrait donner de l’objet.» Les forces de l'ordre neuchâteloises ont elles déjà saisi, à une reprise, une bague «qui était clairement un poing américain».
De son côté, le porte-parole de la police genevoise précise que la procédure «est différente s’il s’agit d’une arme interdite ou d’un objet pouvant être dangereux dans des circonstances particulières».

Contactée, la chaîne de magasins de mode H&M n'a pas souhaité commenter cette affaire. Elle s'est contentée de confirmer avoir vendu une bague de ce genre il y a quelques années dans ses filiales, mais que cela n'était plus le cas aujourd’hui.

*Nom connu de la rédaction

(ann/ofu/vhu)