Baisse de l'euro

18 septembre 2010 14:24; Act: 18.09.2010 15:12 Print

Une société veut baisser le salaire des frontaliers

Des travailleurs frontaliers s'inquiètent de la volonté d'une entreprise suisse de réduire leur salaire parce que la parité entre le franc et l'euro les avantagerait.

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Une entreprise suisse pense à réduire les salaires des frontaliers de 6% parce que la parité entre le franc et l'euro les avantagerait. (Photo: Keystone)

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En France, les travailleurs frontaliers alsaciens s'inquiètent de la volonté d'une entreprise suisse de réduire leur salaire de 6% parce que la parité entre le franc et l'euro les avantagerait, une première jugée totalement discriminatoire.

«C'est bête et aberrant», s'emporte Jean-Louis Johanneck qui préside à Saint-Louis, dans l'est de la France, le Comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF), fort de 19.000 adhérents.

L'entreprise de machine-outil Stöcklin, installée à Dornach, dans la région de Bâle, en Suisse, emploie 360 salariés dont un tiers de frontaliers: une centaine d'Alsaciens et quelques Allemands. Elle a demandé aux seuls frontaliers d'accepter une baisse des salaires en soulignant que leur pouvoir d'achat a augmenté depuis un an que le franc suisse s'apprécie par rapport à l'euro.

Le président du comité de défense craint que cette première ne fasse école dans d'autres entreprises de la Suisse alémanique où travaillent quelque 30.000 Alsaciens.
Urs Grütter, le patron de Stöcklin, a pris l'initiative au coeur de l'été en adressant un courrier à ses frontaliers, pointant qu'ils ont «une rémunération en euros d'au moins 12% de plus» qu'un an auparavant.
En fait, leur salaire est versé en francs suisses, mais au change il tombe de plus en plus d'euros depuis un an.
Son courrier propose de couper la poire en deux en imposant aux frontaliers «une réduction de salaire de 6%» afin de compenser «un manque de compétitivité imputable à l'euro faible».
Un dumping sur les salaires dénoncé par une partie des salariés de Stöcklin. D'autres se disent résignés à accepter le marché pour ne pas se retrouver sans salaire du tout. Ils ont reçu début septembre une lettre de «résiliation du contrat de travail suite à la modification de celui-ci». Dans un courrier dont l'AFP a eu connaissance, il est ainsi proposé à un salarié «une réduction de 322 FS» sur son salaire, «réduction qui ne sera pas annulée si le cours de l'euro remonte».
«Il s'agit d'un cas flagrant de discrimination salariale», affirme le président du CDTF, lui-même ancien travailleur frontalier. Il va saisir des juristes suisses et en appelle au respect des accords de libre circulation signé en 2002 entre Berne et l'Union européenne.

Il veut également solliciter un avis de Bruxelles «sur cette pratique abusive». «Stöcklin a établi une distinction en fonction du pays où habite le salarié, ce n'est pas supportable», explique-t-il à l'AFP.
Pour Urs Grütter, «cette mesure impopulaire est nécessaire pour sauvegarder l'entreprise et son site». Il a expliqué au quotidien suisse Blick avoir 63% de dépenses en franc suisse «fort» alors que 80% de ses rentrées se font en euro «faible». Contacté par l'AFP, il ne souhaite pas parler «à la presse française», a indiqué sa secrétaire.
La devise européenne qui coûtait 1,51 franc suisse en moyenne l'an dernier valait 1,29 FS mi-septembre. Un frontalier qui gagne 2.500 francs suisses se voit offrir actuellement quelque 1.930 euros à son bureau de change contre 1.655 un an plus tôt, soit un «gain» de 285 euros.

Les quelque 180.000 travailleurs frontaliers français sont attirés par les salaires en Suisse, même si de nombreuses conditions sont moins favorables qu'en France: la retraite y est à 65 ans, la durée hebdomadaire du travail de plus de 40 heures et les formalités de licenciement moins strictes.

(afp)