Grève des femmes

14 juin 2019 21:08; Act: 14.06.2019 23:38 Print

Une vague violette déferle dans les villes suisses

Des centaines de milliers de Suissesses se sont mobilisées vendredi pour réclamer l'égalité et défendre les droits des femmes.

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Le cortège de la grève a drainé 70'000 personnes à Zurich. Les manifestantes étaient près de 40'000 à Lausanne. La Place de la Riponne était noire de monde. Environ 12'000 manifestantes ont défilé à Genève. À Berne, environ 40'000 personnes ont manifesté dans les rues de la capitale fédérale. Des femmes manifestent sur la place St-François lors de la grève nationale des femmes ce vendredi 14 juin 2019 à Lausanne. Les slogans sont frappants. Des médecins et des infirmières manifestent dans les couloirs du CHUV. Une mobilisation importante à Lucerne. Elle a inscrit sur son ventre «J'ai donné la vie!». La députée Margret Kiener Nellen (PS/BE) avec des gants de boxe, sur la place fédérale à Berne. La députée Sibel Arslan (Verts/BS) fait un selfie avec la présidente du Conseil national Marina Carobbio Guscetti (PS/TI), la conseillère fédérale Viola Amherd et la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD). Un selfie de Carlo Sommaruga (PS/GE), sous la Coupole, en violet. Plus qu'un symbole. Des grévistes prennent leur petit déjeuner à Berne. Des enseignantes en grève, marchent dans le quartier de Hottingen à Zurich. Devant l'immeuble de Tamedia à Berne. Deux femmes avec une sculpture de clitoris sur un pont à Zurich. Petit déjeuner sur le pont Bessières Au Gymnase du Bugnon à Lausanne, des écolières en grêve regardent par la fenêtre Les Conseillères d'Etat vaudoises Rebecca Ruiz, Béatrice Métraux et Jacqueline de Quattro devant le gymnase du Bugnon Yvonne Feri (PS) accueille la Conseillère fédérale Viola Amherd au Conseil national à Berne. Journée de grève ou pas, les élues vont travailler ce vendredi pour l'égalité Une «guette» remplace jeudi soir le guet en criant l'heure au sommet de la cathédrale de Lausanne. Plusieurs femmes se se sont relayées de 23h00 à 02h00 du matin pour crier l'heure aux habitants de la capitale vaudoise. Des «guettes» ont pris possession de la cathédrale de Lausanne qui a été illuminée dans la nuit de vendredi à samedi en violet. Des femmes manifestent au pied de la cathédrale. Un feu de joie a notamment été allumé sur la place de la Riponne, où les femmes présentes ont été invitées à brûler des objets symboliques. Certaines ont lancé dans le brasier leur soutien-gorge, d'autres des cravates. Une femme brûle un soutien-gorge dans un feu sur la place de la Riponne. Des femmes manifestent devant un feu sur la place de la Riponne «Les femmes bras croisés, le pays perd pied» . Le sens de la formule à Genève. A Genève, devant le Mur des Réformateurs. Helvetiaplatz à Zurich Zurich A Berne, la police mobilisée. C'est parti! Le 14 juin près de 400 femmes se mettent en grève, ici à Bâle. Des militantes de l'USS annoncent lors d'une conférence de presse le programme de la grève du 14 juin 1991. (4 juin 1991)

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Les Suissesses ont donné de la voix vendredi à l'occasion de la grève des femmes. Les cortèges dans les principales villes du pays ont sans doute rassemblé des centaines de milliers de manifestantes, selon un chiffre avancé par les organisatrices.

La journée a été marquée par de nombreuses actions à travers toute la Suisse suivies par des dizaines de milliers de femmes: elles étaient 50'000 à descendre dans la rue à Berne, au moins 40'000 aussi à Lausanne, 12'000 à Genève, Sion et Fribourg, 5000 à Neuchâtel, 4000 à Delémont, selon les chiffres de la police ou des organisatrices.

La mobilisation était aussi importante à Zurich, avec 70'000 participants, selon l'USS, à Bâle (40'000) ou au Tessin. Des hommes étaient présents aussi par solidarité dans toutes les régions du pays.

Le chiffre global de la grève n'était pas encore connu vendredi en soirée, mais l'objectif était de faire au moins aussi bien que lors de la précédente manifestation, en 1991, qui avait rassemblé 500'000 personnes.

«Le début d'un mouvement plus fort»

Pour l'USS, le 14 juin 2019 entre dans l'histoire récente de la Suisse comme la plus grande manifestation politique. «L'économie et la politique doivent faire davantage pour faire avancer l'égalité entre les femmes et les hommes. Ce n'est pas la fin d'une mobilisation préparée depuis des mois, mais bien le début d'un mouvement pour l'égalité encore plus large, mieux interconnecté et donc plus fort», écrit le syndicat dans un communiqué.

Vendredi, certaines militantes ont pris possession de l'espace public avant même le lever du jour, comme à Lausanne où plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées en pleine nuit autour d'un feu de joie sur la place de la Riponne.

Le chef-lieu vaudois a aussi vu défiler quatre femmes au sommet de sa cathédrale où, pour la première fois en 600 ans d'histoire, la fonction de guet est passée en main féminine. Autre bâtiment emblématique de Suisse, la tour Roche à Bâle, la plus haute du pays, a projeté le logo de la grève sur sa façade aux premières heures du jour.

Parmi les autres actions symboliques, de nombreuses rues et places ont été rebaptisées dans plusieurs villes. Souvent avec les noms de personnages historiques féminins, parfois de façon fantaisiste, comme à Fribourg où la place Georges-Python a été transformée en Georgette-Pythonne.

Clitoris en balade

À Neuchâtel, c'est une autre figure masculine de la ville, David de Pury, qui a fait les frais des féministes. Sa statue a été habillée de violet, la couleur du mouvement. À Sion, la place de la Planta s'est notamment égayée aux chants d'un «choeur de doléances», créé pour l'occasion par le collectif Les Indociles.

De leur côté, les militantes zurichoises ont fait parler d'elles en se baladant en ville avec la reproduction géante d'un clitoris, tiré sur un chariot. Elles ont aussi bloqué en début d'après-midi, et durant près de deux heures, le trafic des trams aux abords de la gare en se plaçant sur les voies avec des banderoles et des caddies à commission.

Décentralisée et multiforme, la grève a connu deux moments unitaires à travers tout le pays. Le premier à 11h00 avec la lecture de l'appel à la grève, comme à UniMail à Genève où les étudiantes ont conclu cette déclaration solennelle en lançant des confetti violets et en scandant le slogan «Emancipation!».

L'autre heure marquante de la journée a été 15h24, instant à partir de laquelle les femmes ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre les sexes. À Delémont par exemple, sur la place de la Gare, une énorme clameur s'est élevée à cette heure symbolique, à coups de sifflet, de louches et d'autres ustensiles de cuisine.

Bain de foule à Berne

Du côté du monde politique, plusieurs conseillères nationales, en session à Berne, se sont octroyé une pause à 11h00 devant le Palais fédéral. Accompagnées par la conseillère fédérale Viola Amherd et majoritairement vêtues en violet, elles ont été acclamées par les milliers de personnes présentes sur la place. Les parlementaires ne se sont toutefois pas attardées pour ne pas laisser leurs homologues masculins voter sans elles.

Une autre conseillère fédérale, Simonetta Sommaruga, s'est déplacée vendredi matin à Lausanne. Entourée des cinq conseillères d'Etat du gouvernement vaudois, la ministre socialiste est allée débattre des inégalités de genre avec les étudiants du gymnase du Bugnon.

Revendications en tout genre

Le secteur hospitalier s'est aussi mobilisé. Cela a été le cas aux HUG à Genève, où le personnel de l'établissement est constitué aux trois quarts de femmes. Plusieurs intervenantes ont pris la parole pour déplorer la détérioration des conditions de travail. Une action a aussi été menée au CHUV à Lausanne.

Plus généralement, cette journée a donné lieu à des revendications tous azimuts. Les collectifs «Droit de rester pour tou-te-s» et «Appel d'elles» ont plaidé la cause des femmes migrantes. L'Union syndicale suisse (USS) a mis l'accent sur l'égalité dans le monde du travail, tandis que Caritas a déploré que le fait que la pauvreté touche davantage les femmes que les hommes en Suisse.

Amnesty International a souhaité attirer l'attention sur l'ampleur des violences sexuelles à l'égard des femmes. De son côté, Pro Infirmis a demandé que cessent les discriminations touchant les femmes en situation de handicap.

(nxp/ats)