Suisse-UE

17 juillet 2019 15:03; Act: 17.07.2019 15:45 Print

Ursula von der Leyen, une inconnue pour Berne

La nouvelle présidente de la Commission européenne va-t-elle permettre une détente dans les relations entre la Suisse et Bruxelles? Rien n'est moins sûr.

Une faute?

R.A.S, ou presque: les relations entre la Suisse et la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont été pratiquement inexistantes jusqu'ici. Et l'heure n'est pas encore à la détente entre Berne et Bruxelles, malgré le départ annoncé de l'inspirateur de la ligne dure à l'égard de Berne, le secrétaire général Martin Selmayr.

Ursula von der Leyen est une Européenne convaincue. Son père a travaillé comme haut fonctionnaire au sein de la Commission. Elle est née à Bruxelles, où elle a effectué une partie de sa scolarité.

En 2011, en pleine crise de l'Euro, celle qui était alors ministre allemande du Travail appelle de ses voeux un développement de l'Union européenne vers une union politique.

Interrogée par le magazine allemand «Spiegel», elle déclare: «Mon objectif, ce sont les États-Unis d'Europe, sur le modèle d'États fédéraux comme la Suisse, l'Allemagne ou les USA.» Au-delà, on n'enregistre pratiquement pas de déclarations de la politicienne sur la Suisse.

Allemande oui, mais du Nord

Sa nationalité allemande peut apparaître comme un avantage. On peut imaginer que la proximité géographique devrait susciter chez elle un peu plus d'intérêt pour la Suisse que si la présidence était revenue à un représentant de la Pologne ou de la Croatie.

Le système fédéral allemand devrait aussi fournir à Ursula von der Leyen une compréhension des processus de consultation comme celui qui a été mené en Suisse sur l'accord-cadre avec l'UE. Avec un Français à la tête de la Commission, représentant d'un pays gouverné de manière centralisée, les perspectives seraient probablement plus compliquées.

Il ne faut toutefois pas s'attendre à une proximité telle que pouvait l'avoir l'ancien ministre allemand des Finances et actuel président du Parlement Wolfgang Schäuble. Ce dernier provient en effet de Fribourg-en-Brisgau, tout près de la frontière suisse. Mme Von der Leyen est elle originaire du Land de Basse-Saxe, au nord du pays.

Une question de ton

Reste qu'Ursula von der Leyen aura une influence somme toute limitée sur l'évolution de la relation entre Berne et Bruxelles. Car ce sont avant tout les États membres qui déterminent les rapports avec les pays tiers. Dans leurs dernières conclusions sur la Suisse au début de l'année, ils avaient insisté sur l'importance de conclure un accord-cadre avec la Suisse avant de signer de nouvelles ententes dans le domaine du marché intérieur.

C'est surtout dans la tonalité du discours que la Commission a un peu de marge de manoeuvre. En tant qu'ancien chef du gouvernement d'un petit pays comme le Luxembourg, Jean-Claude Juncker avait une certaine compréhension pour les positions helvétiques. La Suisse était importante pour lui, a assuré à Keystone-ATS une source proche.

Le Luxembourgeois avait ainsi fait un pas en direction de la Suisse en proposant la mise en place d'un tribunal arbitral en cas de désaccords en lien avec l'accord-cadre. La relation avec la Confédération s'est malgré tout tendue, en partie à cause de malentendus.

Pas de regrets pour Selmayr

L'UE n'a pas hésité à provoquer un bras de fer. Et l'architecte de cette ligne dure à l'égard de Berne était l'Allemand Martin Selmayr, l'ancien chef de cabinet de M. Juncker et actuel secrétaire général de la Commission. C'est par exemple lui qui a fait passer le lien entre les dossiers de l'accord-cadre et de l'équivalence boursière. Mardi, Martin Selmayr a annoncé sa démission. Un départ de Bruxelles qui ne devrait pas susciter de regrets à Berne.

Pas sûr que les choses s'arrangeront pour autant avec son successeur. Le site Politico évoque pour la succession le nom du Français Olivier Guersent, jusqu'ici directeur général pour le secteur des services financiers au sein de la commission.

«Suisse otage du Brexit»

Il faut aussi souligner que l'attitude ferme de l'UE à l'égard de la Suisse est en grande partie dictée par la question du Brexit. L'Union veut dans tous les cas éviter d'accorder des concessions de taille à la Suisse qui seraient ensuite réclamées par Londres.

«La Suisse est actuellement prise en otage par le Brexit», a résumé une diplomate européenne. Et la situation à cet égard ne devrait pas changer avec Ursula von der Leyen. À moins que la Grande-Bretagne ne retire sa demande de sortie de l'Union.

(nxp/ats)