Criminels étrangers

12 février 2016 10:01; Act: 12.02.2016 11:24 Print

Vague d'opposition à l'UDC sans précédent

Aucune votation n'avait encore soulevé un mouvement de contestation aussi important qu'aujourd'hui. Les comités d'opposants sont nombreux.

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Le renvoi effectif des criminels étrangers sera en votation le 28 février prochain. (Photo: Keystone)

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Jamais auparavant une initiative n'a rencontré une aussi grande opposition que celle de l'UDC sur le renvoi effectif des criminels étrangers, en votation le 28 février. Anciens conseillers fédéraux, procureurs, professeurs de droit, personnes des milieux culturels et religieux, tous se sont prononcés contre ce texte.

Les politologues Georg Lutz, de l'institut de recherche en sciences sociales de l'Université de Lausanne, et Mark Balsiger, expert indépendant, n'ont jamais vécu une telle situation. Cette opposition très large est exceptionnelle, indique encore Daniel Kübler, président de la direction du Centre pour la démocratie à Aarau.

Aucune votation n'a soulevé un tel mouvement de contestation, du moins pas dans les quarante dernières années. De nombreuses personnalités soutiennent les comités d'opposants.

Liste des opposants

Sur les 18 anciens conseillers fédéraux encore en vie, 11 ont signé le manifeste du comité «Parlementaires contre l'initiative de mise en oeuvre»: les PBD Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf, les PDC Joseph Deiss et Ruth Metzler, les PLR Pascal Couchepin et Elisabeth Kopp, et les socialistes Moritz Leuenberger, Micheline Calmy-Rey, Ruth Dreifuss, Pierre Aubert et René Felber.

Ruth Dreifuss, Pascal Couchepin et Elisabeth Kopp ont en plus signé, avec plus de 50'000 autres personnes, «l'appel urgent» du comité contre l'initiative inhumaine de l'UDC. Près de 809'000 francs avaient déjà été récoltés jeudi en fin de journée pour des affiches.

Un autre comité regroupe 54 organisations non gouvernementales, dont Amnesty International Suisse ou les Auteurs de Suisse. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés fait aussi partie des adversaires du texte de l'UDC. Quelque 180 professeurs de droit ont signé un appel lancé en janvier et le comité de la Conférence des procureurs suisses a également dit «non». La liste des opposants est encore longue.

Débat différent

Tous ces comités ont contribué à changer le débat. Depuis 2010, lors de la première votation sur le renvoi, il était focalisé sur l'expulsion des criminels étrangers. Aujourd'hui, les opposants ont introduit un nouvel aspect: le respect des droits de l'homme et des valeurs suisses.

Le texte ne respecte ni les droits fondamentaux de l'homme, ni la séparation des pouvoirs, ni le principe de proportionnalité inscrit dans la Constitution suisse. C'est pourquoi il ne rencontre aucune sympathie, a expliqué George Lutz.

Selon lui, la réponse dépend aussi de la manière de poser la question. Les citoyens sont pour l'expulsion des criminels étrangers, mais ils sont aussi pour respect de la démocratie et des droits de l'homme.

Nouveaux acteurs

«C'est nouveau qu'autant de personnalités de la société civile s'engagent à ce point», a dit Mark Balsiger, qui s'en réjouit. Elles expliquent le projet aux citoyens. Ces derniers «peuvent suivre l'avis d'une personnalité qu'ils connaissent et qu'ils respectent; et ils en sont reconnaissants», a-t-il souligné.

Les élites assument leur rôle dans la campagne. Elles sont devenues des protagonistes essentiels. Leur engagement aura un effet clairement positif sur la votation, d'après George Lutz et Mark Balsiger. Alors que d'aucuns craignent qu'une telle mobilisation puisse être contre-productive, les deux politologues ne partagent pas ce souci.

Bon pour la démocratie

Daniel Kübler estime que plus la mobilisation des partisans et des opposants est grande, mieux le citoyen sera informé des enjeux. La qualité de la décision démocratique n'en sera que plus élevée. Peu importe que les arguments apportés soient pour ou contre, l'important est que les différents aspects et conséquences soient connus.

Quel que soit le résultat de la votation, que les Suisses suivent les élites ou non, cela ne sera pas la fin de la Suisse, Daniel Kübler et Mark Balsiger en sont convaincus. La démocratie est profondément ancrée dans notre pays, a expliqué Daniel Kübler. Elle ne peut pas être mise en danger par un fossé entre le peuple et l'élite.

«Nous sommes le peuple le plus politisé du monde, grâce aux votations qui nous attendent tous les trois mois», selon Mark Balsiger. La politique est très proche des citoyens. Et d'ajouter: «C'est pourquoi il n'y a pas de fossé entre les élites politiques et les gens normaux. Contrairement à la majorité des pays européens.»

(nxp/ats)