Transports

12 juillet 2014 11:44; Act: 12.07.2014 11:57 Print

Vers une privatisation du transport régional?

Dans sa stratégie pour 2030, l'Office fédéral des transports (OFT) envisage d'augmenter la part du secteur privé dans l'actionnariat des entreprises de transport régional.

Une faute?

«La part des pouvoirs publics à la propriété des entreprises de transport ferroviaire (ETF) est sensiblement réduite», écrit l'OFT dans sa «Stratégie pour l'avenir des transports publics», un document publié jeudi soir. Cette petite phrase apparaît sous la rubrique «ouverture du marché du transport de voyageurs». Dans le même esprit, l''OFT imagine une offre fournie par toujours plus d'entreprises privées à but lucratif.

«L'idée est d'inciter les cantons à vendre au secteur privé leurs participations dans les petites entreprises de transport régional», qu'il s'agisse de trains ou de bus, explique à l'ats Olivia Ebinger, porte-parole à l'OFT. «Nous voulons introduire une plus grande concurrence pour davantage coller aux conditions de marché», poursuit-elle.

Eliminer les doubles casquettes

Il s'agirait notamment de séparer les rôles: l'Etat se contenterait de commander des prestations, et resterait responsable de l'infrastructure, tandis que les privés fourniraient l'offre, selon la porte-parole. A terme, l'OFT attend des réductions de coûts et de nouvelles offres pour la clientèle.

Ce désengagement des cantons et des communes ne toucherait que l«actionnariat des entreprises mais n'aurait pas d'incidences sur l'exploitation, précise-t-elle. Ainsi, l'indemnisation du trafic régional de voyageurs par les pouvoirs publics (les cantons et la Confédération), qui sert notamment à couvrir les déficits des lignes non rentables, ne serait en rien modifiée.

Les entreprises visées seraient surtout des petites sociétés comme le MOB (Montreux - Oberland bernois), Aare Seeland mobil (ASM) ou AAR bus bahn. Ce projet ne concerne pas les CFF, car cette compagnie est «la seule qui assure du trafic grande ligne où il n'y a pas de concurrence».

Mises au concours obligatoires

En outre, la stratégie 2030 de l'OFT prévoit d'obliger les pouvoirs publics à mettre au concours les lignes ferroviaires du trafic régional comme c'est déjà le cas pour le secteur des bus depuis la réforme des chemins de fer d'il y a deux ans. Actuellement, la loi ne prévoit que la possibilité mais non l'obligation de mise au concours pour le rail.

L'office précise bien que ces objectifs pour 2030 sont susceptibles d'être modifiés voire abandonnés. «L'OFT adaptera sa stratégie si des décisions politiques viennent à la contredire», indique-t-il dans le communiqué qui accompagne le document. Une prudence de mise qui paraît fondée.

Syndicat opposé

Le Syndicat du personnel des transports (SEV) qui a pris connaissance du document de l'OFT monte déjà aux barricades. Il est inconcevable d'inciter les cantons et communes à privatiser leurs transports publics, explique Peter Moor, porte-parole du SEV.

«Dans le cas de AAR bus bahn, quelques communes ont voulu vendre leurs parts au groupe Eurobus und knecht; mais le syndicat s'y est toujours opposé, car il estime anormal qu'un privé puisse réaliser des bénéfices tout en recevant le cas échéant des subventions publiques via les indemnisations prévues pour le trafic régional», indique-t-il.

Il existe déjà des compagnies partiellement privatisées comme le MOB ou complètement privées comme le Jungfraubahn, selon Peter Moor. Mais elles exploitent des lignes touristiques rentables. Le trafic d'agglomération pourrait aussi être intéressant, ajoute-t-il. En revanche, les lignes périphériques déficitaires seraient pénalisées.

(ats)