Suisse

12 décembre 2019 11:21; Act: 12.12.2019 15:28 Print

Vers une rente-pont modeste pour les chômeurs âgés

Le Conseil des États a accepté le projet d'une rente-pont pour les chômeurs en fin de droit de plus de 60 ans, mais l'a revu fortement à la baisse.

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Le Conseil des États est favorable à l'idée d'Alain Berset. (Photo: Keystone)

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Les chômeurs en fin de droit devraient pouvoir bénéficier d'une rente-pont à partir de 60 ans. Désavouant une minorité de droite, les sénateurs sont entrés jeudi en matière sur le projet du gouvernement pour contrer l'initiative contre la libre circulation avec l'UE.

Le vote est tombé par 31 voix contre 14. Rien n'est joué. Le Conseil des Etats examine maintenant les modalités du projet et même s'il lui donne ensuite son feu vert, le National devra encore se prononcer.

Le projet résulte d'un accord avec les partenaires sociaux, a rappelé le conseiller fédéral Alain Berset. A partir de 60 ans, les chômeurs en fin de droit pourraient toucher une prestation transitoire jusqu'à l'âge de la retraite, mais à des conditions très strictes. «Moins d'un sur deux y aura vraiment accès.»

Cela doit dénouer des situations dramatiques et permettre un passage à la retraite en toute dignité à des personnes pour qui retrouver un travail est quasi-impossible. Le taux de l'aide sociale des 60-64 ans a augmenté de 50% entre 2011-2017, a relevé le ministre.

Trop cher

Ce leurre sera lourd pour les finances fédérales, a critiqué Alex Kuprecht (UDC/SZ). L'administration table sur 4'500 concernés, mais cela pourrait exploser et faire grimper la facture facilement à un demi-milliard de francs en cas de récession, a-t-il ajouté. Les coûts de la rente-pont vaudoise ont été «multipliés par dix en sept ans». Les entreprises seront en outre incitées à licencier du personnel.

Le projet ne contient aucune incitation pour les entreprises à employer un travailleur âgé, a déploré l'indépendant schaffhousois Thomas Minder. Or «la libre circulation est un 'job killer' pour les Suisses», travailleurs d'au moins 55 ans en tête. La rente-pont part d'une bonne intention, mais il faut résoudre le problème autrement, en allégeant les charges sociales des entreprises pour les travailleurs âgés par exemple.

PDC divisé

Le PDC était divisé. «Ce n'est pas qu'une question d'argent, il en va de personnes» qui ont travaillé toute leur vie et payé leurs cotisations, a rétorqué Erich Ettlin (PDC/OW). Elles n'arrivent pas à retrouver un emploi malgré les concessions qu'elles sont prêtes à faire et il est injuste de leur infliger l'humiliation de devoir demander l'aide sociale.

Le chômage recule et la réintégration est possible même lorsqu'un chômeur arrive en fin de droits, a soutenu Peter Hegglin (PDC/ZG). La pénurie de main d'oeuvre va s'accroître et devrait faciliter la réintégration sur le marché du travail. Les assurances sociales ne sont pas encore assainies. Privilégier les personnes d'au moins 60 ans désavantagera d'autres catégories comme les jeunes parents.

Problème urgent

Le projet répond à un problème social urgent dénoncé depuis des années par les cantons et les partenaires sociaux, a relevé Paul Rechsteiner (PS/SG). Le taux de chômage de longue durée est trois fois plus élevé pour les personnes d'au moins 55 ans que pour les plus jeunes, a-t-il rappelé.

Le taux de pauvreté augmente avec l'âge, s'est inquiétée Maya Graf (Verte/BL). La discrimination liée à l'âge est une réalité. Il faut absolument soutenir le projet pour protéger les plus âgés de la précarité avant la retraite. Les femmes sont les premières concernées.

Le projet n'a rien d'exagéré, a estimé Thomas Hefti (PLR/GL). Il faut le soutenir si l'on tient à l'accord de libre circulation des personnes et veut sauver ainsi une série d'accords bilatéraux qui garantissent aux entreprises suisses un accès au marché européen.

Le Conseil fédéral a mis les bouchées doubles pour soumettre au Parlement un coup de pouce annoncé en mai dernier seulement. La mesure fait partie d'un paquet de soutien aux travailleurs indigènes visant à prévenir leur éviction au profit de main d'oeuvre étrangère. Moins de travailleurs âgés devraient ainsi soutenir l'initiative de l'UDC, probablement soumise au peuple en mai 2020.

Le débat se poursuit.

(nxp/ats)