Violences sexuelles en Suisse

21 mai 2019 11:39; Act: 21.05.2019 11:39 Print

«Les résultats de l'enquête sont choquants»

Près de la moitié des femmes touchées en Suisse gardent pour elles l'épisode de violence sexuelle et seulement 8% ont porté plainte auprès de la police.

Sur ce sujet
Une faute?

Les violences sexuelles sont bien plus répandues en Suisse qu'on ne le pense. Une femme sur cinq âgée de 16 ans et plus a déjà subi des actes sexuels non consentis. Amnesty International appelle à un durcissement du droit pénal.

Selon l'étude de gfs.bern, commandée par l'ONG, 22% des femmes en Suisse ont déjà subi des actes sexuels non consentis et 12% ont eu un rapport sexuel contre leur gré. «Il est effrayant de voir à quel point peu de femmes parlent de ce qu'elles ont vécu, même dans leur environnement immédiat», a indiqué mardi devant la presse à Berne Cloé Jans de gfs.bern.

Près de la moitié des femmes touchées gardent pour elles l'épisode de violence sexuelle. Seulement 8% ont porté plainte auprès de la police. Quant au harcèlement, près de 60% des femmes interrogées ont été victimes de contacts, d'étreintes ou de baisers non désirés, selon les résultats de l'institut qui a interrogé 4500 femmes.

Ignoré des statistiques

«Les résultats de l'enquête sont choquants. Ils révèlent que les cas enregistrés dans les statistiques policières ne sont que la pointe de l'iceberg», déplore Manon Schick, directrice d'Amnesty Suisse. En 2018, un total de seulement 1291 infractions liées à la violation de l'intégrité sexuelle (contrainte sexuelle et viol) a été enregistré par la police.

En outre, les agressions sexuelles restent largement impunies en Suisse. Dans une pétition, Amnesty demande à la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter de présenter des propositions de réforme du droit fédéral afin que tous les actes sexuels non consentis soient punissables.

La pétition demande également la formation obligatoire et continue des magistrats, de la police et des avocats à la prise en charge des victimes de violences sexuelles. Elle plaide enfin pour une collecte systématique de données et des études sur le traitement des infractions contre l'intégrité sexuelle dans le système judiciaire suisse.

Revoir la définition du viol

«La Suisse dispose d'un droit pénal sexuel obsolète, qui devrait être fondamentalement réformé», résume Nora Scheidegger, experte pour les infractions contre l'intégrité sexuelle. La perception du viol est notamment problématique: le droit suisse ne reconnaît le viol que s'il y a contrainte de la part de l'auteur et résistance des victimes.

Or la Convention d'Istanbul, entrée en vigueur en Suisse l'an dernier, exige clairement que l'absence de consentement soit au centre de toute définition juridique du viol et des autres formes de violences sexuelles. Aujourd'hui en Suisse, de nombreuses victimes sont en position de faiblesse devant les tribunaux.

L'automne dernier, le Conseil national a accepté une motion de Laurence Fehlmann Rielle (PS/GE) pour élargir dans le Code pénal la notion de viol et y intégrer la dimension de contrainte. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.

(nxp/ats)

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Jacques le 21.05.2019 11:30 Report dénoncer ce commentaire

    Avec le recul

    En tant qu'homme, je comprends que j'ai certainement été lourd dans ma vie et que j'ai d'une manière ou d'une autre fait pression pour un bisou ou autre dans mon adolescence. Désolé.

  • JLB le 21.05.2019 11:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Justice

    Le problème vient de la justice qui réagit en condamnant par du sursis. Avec ça comment voulez-vous qu'une femme porte plainte après ce qu'elle a subit

  • ymb le 21.05.2019 11:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    cela reste tabou

    C est un sujet tabou, il y a egalement des hommes qui sont dans des situations similaires et c est encore plus tabou. Courage aux victimes.

Les derniers commentaires

  • L F le 09.06.2019 07:17 Report dénoncer ce commentaire

    Ms

    La définition de viol est dépassée, la notion de contrainte d'un autre temps, les juges humilient une deuxieme/troisième /quatrième fois les victimes et survivantes en demandant des détails sordides lors d'audiences afin de déterminer s'il y a eu viol. Ce n'est pas de la justice, c'est du voyeurisme et cela fait tres mal aux victimes. Cela doit changer!

    • pily le 09.06.2019 10:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @L F

      Soyez sexy classe sans être vulgaire, de cause à effet, c'est une femme qui vous le dis

  • Une femme parmi d'autres le 24.05.2019 11:16 Report dénoncer ce commentaire

    Empathie et compréhension

    Le titre en dit long : "les résultats de l'enquête sont choquants". Non, ce n'est pas choquant pour les femmes. Aucune femme n'est choquée de ces chiffres. Mais certains hommes ont l'air de débarquer d'une autre planète ! Sont-ils à ce point déconnectés de la réalité des femmes au quotidien ???

  • Laurence le 23.05.2019 15:45 Report dénoncer ce commentaire

    Et na !

    Alors, ils disent quoi tous les sexistes qui reprochent aux féministes de ne jamais tenir compte des hommes violés (alors que ce sont elles/eux qui tentent de faire changer la loi pour qu'ils soient pris en compte) ???

  • Isabel P. le 21.05.2019 23:26 Report dénoncer ce commentaire

    Trop de violence

    Je suis contre la violence. Mais une femme qui se fait agresser doit immédiatement riposter, soit elle se défend, soit elle dépose plainte. Avant une bonne paire de gifles suffisait à mettre le macho en place, la famille était plus solidaire et une femme ne se sentait si seule face aux agressions. La violence domestique se résolvait en famille et l'agresseur restait seul. Mais de nos jours nous vivons dans une société beaucoup plus agressive . Il faut revoir la copie...

    • Lucette le 23.05.2019 16:18 Report dénoncer ce commentaire

      @Isabel P.

      Vous faites donc porter l'entière responsabilité des choses à la victime ? Et non, avant, la bonne paire de gifles ne suffisait pas. C'est juste que les femmes la fermaient et subissaient !

    • Femina le 23.05.2019 16:43 Report dénoncer ce commentaire

      @Isabel P.

      La sidération vous connaissez ? Et la dissociation ? Apparemment pas. Ce sont pourtant deux faits reconnus et qui ont lieu assez souvent chez les victimes de viol. Et qui "empêchent" de se défendre notamment. Apprendre à se défendre, c'est bien je ne le nie pas. Mais il faut vraiment que les lois sur les violences sexuelles évoluent et que les peines soient plus dissuasives

    • Sémantique importante le 23.05.2019 17:50 Report dénoncer ce commentaire

      @Isabel P.

      On ne se fait pas agresser/violer, on est agressé/violé

  • Mendrisiotto le 21.05.2019 21:45 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ???????

    Malheureusement il va y avoir des dérives dans l'autre sens, Des accusations infondées pour des vengeances. Toujours difficiles ces situations.

    • N'importe quoi ! le 23.05.2019 15:46 Report dénoncer ce commentaire

      @Mendrisiotto

      Les fausses accusations ne représentent même pas 4 % des plaintes (qui elles-mêmes ne représentent que 12 % du total des agressions)

    • Thomas le 23.05.2019 16:43 Report dénoncer ce commentaire

      @Mendrisiotto

      Ce n'est pas de ce dont il est question ici