Procès pour viol à Lausanne

18 juin 2019 22:53; Act: 18.06.2019 23:12 Print

«Quoi qu'il fasse, mon client est foutu d'avance»

par Yannick Weber - La procureure a requis 6 ans de prison contre l'homme poursuivi pour actes sexuels, dont certains sur mineures. Celui-ci nie tout en bloc.

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Les juges du Tribunal correctionnel de Lausanne rendront leur verdict jeudi. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

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La deuxième journée du procès s'est tenue à couteaux tirés mardi au Tribunal correctionnel de Lausanne. Stoïque, l'homme accusé d'avoir abusé de deux jeunes femmes et d'une fille de 6 ans a écouté le réquisitoire de la procureure et les plaidoiries des avocats des plaignants immobile, n'esquissant que quelques mouvement de la tête pour nier les faits reprochés et qui étaient martelés les uns après les autres.

Énergiques plaidoiries

«Au total, huit personnes l'ont mis en cause. Et combien d'autres femmes, filles et hommes - car il ratissait large - n'ont pas osé le dénoncer?» a amorcé Me Coralie Germond, avocate d'une des plaignantes. Sa plaidoirie a été féroce. «C'est un fieffé menteur, qui invoque le fait d'être chrétien comme si c'était un gage d'honnêteté, et qui s'entraîne à l'art de l'affabulation en prison: la seule formation qu'il y ait suivie, c'est le théâtre...», a-t-elle lancé.

Mais la pièce maîtresse de cette scène, c'est justement l'avocate du prévenu qui l'a menée, lors d'une plaidoirie longue de 90 minutes. Maniant savamment l'ironie, alternant entre références à Camus et sorties en langage familier, elle a cherché à semer le trouble en s'en prenant vertement au Ministère public. «Dans un tribunal, on ne fait pas de morale, on fait du droit. Dans cette affaire, tout le monde est parti du postulat qu'il était coupable et tout a été mis à sa charge», a déploré Me Maryam Massrouri.

«Ce journal intime est vraiment bien foutu...»

«Quand on s'en prend au Ministère public et à la justice, c'est en général qu'on n'a pas d'arguments très solides», a répliqué Me Sébastien Pedroli. Les discussions ont tourné un temps autour du journal intime de sa cliente, qui décrivait la scène de viol qu'elle aurait subie. «Ce journal intime, c'est plutôt entre un rapport de police et un roman. Ah, ça, il est vraiment bien foutu...», a déclaré la défense, cherchant à diminuer sa crédibilité.

La crédibilité, c'est tout l'enjeu qui doit conduire au verdict. La procureure Laurence Boillat a insisté sur le gouffre séparant un accusé décrit comme «manipulateur et ambivalent», face à des victimes «aux souvenirs précis, constants». Comment ces trois plaignantes, qui ne se connaissent pas, ont-elles pu toutes fournir des témoignages similaires sur le mode opératoire du prévenu?

Une peine de 6 ans

Mais l'accusé, dont le trouble passé, dans son pays d'origine et après son arrivée en Suisse, fait d'abus supposés et d'une homosexualité qui lui avait garanti un fort soutien lors de sa demande d'asile, nie avoir tenu la moindre relation sexuelle, même consentie, avec les plaignantes. Il n'a fourni aucune hypothèse pour expliquer d'où sortaient ces accusations. «Pour un manipulateur, il n'utilise pas de stratagèmes très élaborés, a remarqué Maryam Massrouri. Voilà encore une fois les méthodes de la Cour. Quand il se justifie, c'est un manipulateur. Quand il n'a pas d'explication, cela lui est reproché. Quoi qu'il fasse, il est foutu.»

La procureure a requis une peine de prison de 6 ans. «J'en ai déjà passé deux en détention pour des faits que je n'ai pas commis. Madame la Présidente, ma vie est entre vos mains», a conclu l'accusé. Le verdict sera rendu jeudi soir.