Yverdon (VD)

16 juillet 2014 13:42; Act: 16.07.2014 16:25 Print

«Ils m'ont détruite ce soir-là»

par Abdoulaye Penda Ndiaye - Le ministère public a abandonné, mercredi, la charge de viol contre trois jeunes hommes sur une fille de 13 ans. La victime est introuvable depuis dimanche dernier.

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«Le peu de collaboration de la victime et les menteurs pathologiques que sont les accusés n'ont pas permis d'établir une version des faits qui soit claire. La forme juridique du viol sera abandonnée car on ne sait pas si la pénétration était anale ou vaginale.» Lors de son réquisitoire au Tribunal correctionnel du Nord vaudois, le procureur Stephan Johner a admis, mercredi, qu'il était difficile de déterminer la chronologie des événements du 7 juillet 2011 sur la place de la Gare d'Yverdon-les-Bains. Trois jeunes, alors âgés entre 18 ans et 19 ans et tous originaires du Cap-Vert, ont eu des actes d'ordre sexuel avec une fille de 13 ans. Il n'a pas été possible de savoir à partir de quel moment la victime n'était plus consentante.

«Attitude moche et glauque»

Le représentant du ministère public a néanmoins relevé «l'attitude moche et glauque des prévenus qui ont profité d'une fille mal dans sa peau». Il a requis les peines suivantes: 24 mois de privation de liberté avec sursis de trois ans, 16 mois de privation de liberté avec une peine ferme d'au moins six mois et un délai d'épreuve de deux ans et 22 mois dont six mois ferme. Les trois prévenus sont déjà connus de la justice, notamment pour des affaires de moeurs. L'un d'entre eux est d'ailleurs poursuivi pour des actes d'ordre sexuel sur une fille de 14 ans qui a dû procéder à un avortement.

Tentatives de suicide et fugue

De guerre lasse, l'avocate de la partie civile a constaté que «les prévenus ont réussi à créer un nuage où tout le monde s'est perdu». Me Manuela Ryter Godel a rappelé que la victime lui a dit: «Ils m'ont détruite ce soir-là». Après les faits, la jeune fille abandonnée par ses parents marocains et adoptée à l'âge de trois mois a fait plusieurs tentatives de suicide. Depuis lors, elle alterne hospitalisations et séjours en foyer. Dimanche dernier, elle a fugué alors qu'elle se trouvait en camp en France.

Mardi, interrogé par le procureur, l'un des prévenus avait répondu: «Vous me soûlez avec vos questions». Venu en retard au premier jour du procès, il ne s'est pas présenté à l'audience de mercredi. «Mon client a de l'ozone à la place des neurones. S'il était un poste de radio, on n'entendrait que des grésillements. S'il était une télé, on verrait un écran noir», a déclaré Me Raphaël Tatti.

Le verdict sera notifié aux parties dans les jours à venir.