Mendicité à Lausanne

10 février 2011 14:47; Act: 10.02.2011 15:11 Print

«Nous avons honte de mendier»

Un groupe lausannois d'action et de solidarité avec les Roms dénonce la stigmatisation dont ces mendiants sont victimes.

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Accompagnés d'une dizaine de représentants de la communauté, les défenseurs des Roms ont rencontré jeudi la presse à Lausanne. A leurs yeux, l'initiative pour interdire la mendicité par métier, lancée début février à Lausanne, est démagogique et inapplicable.

«Nous voulons changer le regard des gens sur les Roms, en les montrant dans leur réalité quotidienne», a expliqué Véra Tchérémissinoff, du groupe Opre Rrom.

Honte de mendier

Les Roms de la région lausannoise sont venus en Suisse pour y chercher du travail. Comme ils n'en ont pas trouvé, ils tendent la main. «Nous ne volons rien et nous avons honte de mendier», raconte un patriarche à la longue barbe noire. L'homme est à Lausanne avec son beau-fils. Ses enfants sont restés en Roumanie.

Avec l'aide du photographe vaudois Yves Leresche, qui traduit leurs propos, les Roms ont expliqué leur vie difficile en Roumanie et en Slovaquie. Depuis la chute du régime de Ceausescu, ces artisans-vendeurs vivotent de petits travaux payés à la journée.

Plusieurs familles

«Ils viennent mendier chez nous deux mois pour survivre ensuite chez eux pendant deux ou trois mois», explique Yves Leresche. Ces Roms sont issus de plusieurs familles et viennent de villages misérables du centre de la Roumanie, sans eau courante. «Il y a des pauvres en Suisse. Là, c'est la misère», note Mme Tchérémissinoff.

«Honte»: le mot revient souvent dans la bouche des mendiants. Pour les hommes surtout, mendier est difficile. Ils assurent qu'ils ne font pas partie de réseaux organisés de type mafieux. Depuis quelque temps, ils sentent qu'ils sont moins appréciés: ils gagnent moins. «Un jour, je n'ai récolté qu'un franc», a dit l'un d'eux.

Démagogique

Membre d'Opre Rrom, le député Jean-Michel Dolivo a condamné l'initiative libérale-radicale visant à interdire la mendicité par métier. «Elle flatte le racisme ambiant, s'avère totalement démagogique et absolument inapplicable», a-t-il ajouté.

Pour l'avocat, l'initiative «ne tient pas la route juridiquement. Elle n'interdit pas l'infraction de base, la mendicité, mais seulement sa circonstance aggravante, la mendicité par métier, ce qui est absurde», a-t-il expliqué.

Coup électoral

Hadrien Buclin, de «la Gauche», a fustigé «un coup électoral de la droite», à quelques semaines des élections communales de mars. Il a réclamé l'ouverture à Lausanne d'un centre d'accueil pour les migrants roms, ouvert jour et nuit.

(ats)