Vevey (VD)

28 janvier 2019 20:20; Act: 28.01.2019 21:00 Print

Tous les moyens sont bons pour repousser l'audience

par Frédéric Nejad Toulami - Le début, lundi, du long procès d’un ancien financier a été émaillé de plusieurs suspensions pour des demandes de récusation.

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(Photo: Keystone/Gabriele Putzu)

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Le Tribunal criminel abritait lundi 28 janvier la première audience d’un dossier qui a nécessité plus de six ans d’enquête et connu trois reports. Si le dossier comprend 6000 pages, rien que l’acte d’accusation en fait 125, que le procureur justifie par la complexité: «Tout y est rigoureusement référencé.»

Mais l’avocat du prévenu, Me Matthieu Genillod, est en verve et ne laisse rien passer. D’entrée de cause, il demande la récusation de la Cour in corpore, estimant que l’équité du procès ne peut être garantie. En cause: peu avant le début d’audience, le procureur, qui n’a instruit qu’à charge selon l’avocat, s’est retrouvé seul près de 15 minutes avec trois des cinq juges (et la greffière) dans la salle d’audience, porte fermée. Uniquement pour installer du matériel informatique et sans communiquer sur l’affaire, explique le procureur. «Imprudence crasse, car on ne peut pas rester silencieux durant un si long instant», selon la défense, qui dénonce une violation du code de procédure.

Après suspension d’audience, la présidente de la Cour refuse la requête. Qu’à cela ne tienne: Me Genillod obtient une autre suspension pour faire transmettre à la Chambre des recours pénale sa demande avec un effet suspensif. L’audience se poursuit enfin, mais c’est pour entendre qu’une autre demande de récusation avait été déposée, au Tribunal fédéral cette fois, contre le représentant du Ministère public. Il y a 10 jours Me Genillod aurait été averti par une ex-partie civile qui a retiré sa plainte que le procureur Anton Rüsch avait à trois reprises, en 2015 durant son instruction, téléphoné pour encourager l’avocat de cette personne à déposer une plainte pénale contre le prévenu.

Conseiller de plaignants présents dans la salle, Me Nicolas Didisheim ne goûte guère aux arguties de son confrère: «Les faits sont graves, et il est temps de rendre la justice. Or l’avocat de l'accusé tente de nous avoir à l’usure depuis des années.»

Le procès se poursuit tout de même, pour l’instant.