Suisse

03 mars 2016 19:40; Act: 03.03.2016 21:13 Print

Berne expulse un reporter que les pros s’arrachent

par Francesco Brienza - Photographe irakien reconnu autour du monde, Aram Karim n’obtiendra pas l’asile. Un gâchis, estiment ses pairs, qui voulaient l’engager.

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Aram Karim vit pour le moment chez un couple de la Côte. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

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«On aurait pu faire un travail hyper précieux grâce à Aram. Quelle perte regrettable!» Chef photographe adjoint auprès de l’agence de presse Keystone, Laurent Gilliéron est amer. Depuis des mois, il se bat afin que le photoreporter irakien, menacé dans son pays, puisse travailler en Suisse. Un combat resté vain: la Confédération a décidé que le requérant devait être expulsé en France. Arrivé à Vallorbe (VD) en novembre 2015 via Paris, il ne peut en effet déposer un dossier d’asile que dans l’Hexagone.

Un touchant portrait dans «Le Temps» a médiatisé cet hiver le parcours d’Aram. Traqué en raison de clichés de contrebandiers qu’il prenait en Irak, il a été poussé à l’exil. Pour se payer le voyage jusqu’en Europe, le photographe applaudi aux quatre coins du globe a dû vendre son seul appareil photo, la mort dans l’âme. «Son histoire nous a touchés, explique Laurent Gilliéron. C’est un mec comme nous, un passionné. Alors avec des amis photojournalistes de l’association Impressum, on lui a trouvé de quoi faire des images.» Et l’ONG Reporters sans frontières lui a offert un PC. Logé chez un couple de la Côte, l’Irakien avait tout pour repartir à zéro. «L’avoir était une aubaine pour documenter de l’intérieur la vie des requérants, reprend le Vaudois. Nous avions tout organisé pour le faire travailler.» Jusqu’à la sentence de Berne.

Depuis le 1er mars, Aram Karim n’a plus le statut de réfugié. S’il ne s’en va pas, il sera bientôt renvoyé de force. «Il n’y a plus rien à faire, se désole Laurent Gilliléron. Sauf le soutenir dans son nouveau voyage. Et faire connaître son histoire.»

Une projection du travail d'Aram Karim est organisée par ses amis photographes mercredi 9 mars, à Lausanne. Entrée libre. Plus d’info en cliquant ici.