Transport urbain

07 novembre 2019 06:06; Act: 07.11.2019 12:17 Print

Des chauffeurs suspendus par Uber sont en colère

par Frédéric Nejad Toulami - Sanctionnés pour avoir refusé trop de courses, une vingtaine de conducteurs sont allés se plaindre au bureau lausannois de la société californienne mercredi.

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Sur la quarantaine de chauffeurs suspendus, une vingtaine s'est rendue dans les locaux lausannois d'Uber mercredi matin. (Photo: fnt)

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«Nous avons à nouveau remarqué que les taux d'annulation sur votre compte chauffeur, indiqué dans l'application, est largement supérieur au taux d'annulation moyen des autres chauffeurs, qui est sensiblement inférieur à 10%.» Voici le début du message reçu par des dizaines de chauffeurs travaillant avec Uber en ce début de semaine. Il s'agissait du 3e, accompagné d'une sanction: ils sont suspendus pendant plusieurs jours. Impossible pour eux de travailler, privés d'accès à l'app Uber, car ils ont trop souvent annulé des courses de clients pourtant d'abord acceptées.

Le représentant du collectif lausannois d’une septantaine de chauffeurs roulant pour Uber (sur environ 170 à Lausanne selon nos sources) explique les raisons qui les poussent de plus en plus à agir ainsi. Depuis le printemps dernier, un changement sur l’app permet désormais de voir un prix fixe d'un trajet souhaité indiqué. Mais les chauffeurs doivent d'abord accepter la course pour découvrir la destination et le tarif.

«C’est alors qu’on réalise si l'on va gagner ou perdre de l’argent.
Le prix minimum d'une course via Uber, fixé jusqu'alors à 6 fr., est passé à 8 fr. au centre-ville et à 12 fr. dans l'agglomération lausannoise, en raison des distances pour aller chercher un client.» Mais parallèlement à cela, «le tarif au kilomètre a diminué de 2 fr. à 1,70 fr., explique notre source. Dans une ville à la circulation dense comme à Genève, ça demeure intéressant. Mais s'il y a peu de trafic, notamment la nuit, on gagne moins.»

Une course à 8 fr. ne leur rapporterait que 5,80 fr. car
27% environ vont à Uber, TVA comprise. Ce chauffeur admet cependant que certains de ses collègues ont abusé de la situation, «or ça fait partie du job d’accepter aussi des petites courses moins rentables, car on ne peut pas choisir que les trajets les plus longs et les plus lucratifs. Mais Uber a tort de nous traiter tous de la même façon sans chercher à comprendre notre situation, sur la seule base de leurs statistiques», déplore-t-il.

Une nouvelle rencontre avec un responsable régional d’Uber a lieu de nouveau ce jeudi.

«On aimerait qu’ils communiquent mieux quand quelqu’un est suspendu, explique un porte-parole des chauffeurs. Et on a redemandé de pouvoir voir la destination souhaitée du client avant d’accepter une course, mais on nous répond que c’est contraire au règlement interne de la maison mère.»

Taux d'annulation exceptionnellement élevés

Du côté d'Uber, on déclare que leurs équipes ont été à l’écoute des doléances et qu'elles ont rappelé aux chauffeurs les règles relatives à l'annulation d’une course, comme indiquées dans la Charte de l'entreprise. Les suspensions, qui n'interviennent qu'après plusieurs avertissements concernant des taux d'annulation exceptionnellement élevés, ont été ignorées, constate un porte-parole de l'entreprise: «Elles peuvent être levées en quelques minutes quand les chauffeurs se rendent dans notre centre de clientèle.» C’est là que le personnel d'Uber se rendrait disponible afin d’expliquer le processus permettant d'éviter toute suspension à l'avenir.

Toujours selon l'entreprise, il existe un comité d’appel composé de chauffeurs partenaires où il est possible de faire appel d’une décision de désactivation permanente de compte. Des chauffeurs lausannois pensent, eux, que ce n'est «que du bluff pour faire bonne figure auprès des médias et des autorités».

Pour le syndicat Unia, «ces faits attestent ce que nous disons depuis longtemps: Uber est l’employeur de ces chauffeurs. Il doit à ce titre assumer toutes les charges qui vont avec, comme n’importe quel autre employeur», déclare Arnaud Bouverat. Egalement député au Grand Conseil vaudois, il estime que le canton de Vaud doit maintenant agir: «Il n’est pas acceptable qu’une entreprise multinationale opère un tel dumping salarial et se permette d’engager des chauffeurs au noir, sans réaction aucune du département de Philippe Leuba. Face au comportement inacceptable d’Uber et tant d’attentisme des autorités, il est aussi essentiel que tous les chauffeurs s’organisent syndicalement contre ce dumping salarial.»

(FNT)