Procès des faux tableaux

16 juin 2011 14:09; Act: 16.06.2011 19:08 Print

Des galeristes et antiquaires peu curieux

Le Tribunal correctionnel de Lausanne s'est plongé jeudi au coeur de l'affaire du trafic des faux tableaux et s'est étonné du manque de sérieux de certains des professionnels de la branche.

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Un «faux partiel» réalisé par les trafiquants. La signature du maître Kees Van Dongen a été rajoutée. (Photo: Police VD)

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La Cour s'est étonnée du manque de curiosité et de professionalisme de certains galeristes et antiquaires qui ont acheté à bas prix des tableaux de maîtres. Ils appartiennent au monde du marché de l'art. Ils ont pignon sur rue à Lausanne ou à Genève, et ils ont acquis un Georges Braque, un Fernand Léger ou un Cuno Amiet pour 3000 ou 4000 francs, alors que ces oeuvres valent plusieurs dizaines de milliers de francs.

«J'avais confiance. Le vendeur parlait bien. Il a réussi à m'endormir», a expliqué un antiquaire. «Mais un Braque, à ce prix- là, on demande tout de suite de nous en mettre deux de côté. C'est une sacrée bonne affaire. Vous ne vous êtes pas dit que c'était bizarre», a lancé le président Patrick Stoudmann.

Des pigeons

Quatre ou cinq de ces «pigeons» - comme les appellent les faussaires - ont mordu à l'hameçon. L'un d'entre eux «a sorti 84'000 francs» pour ces tableaux et n'en a revendu aucun. Un autre s'en tire mieux: il a retiré un gain de la vente de deux toiles, écoulées à l'étranger et dont on n'a plus de traces.

Des experts ont souligné qu'il était inhabituel de trouver des artistes aussi cotés que Braque, Pissaro ou Fernand Léger sur le marché de l'art lausannois. Et que l'acheteur aurait dû s'adresser à un spécialiste pour authentifier le tableau.

Faux sur le marché

Selon un spécialiste, le faux est une réalité du marché de l'art et concerne environ une pièce sur mille. «Cette proportion est largement sous-estimée. C'est un trafic silencieux, poli et discret, mais c'est une réalité», a réagi le policier spécialisé dans le monde de l'art qui a mené l'enquête.

Les faussaires, qui admettent l'essentiel des faits, ont écoulé une centaine de faux tableaux pour un montant global estimé à 400'000 francs. Certaines toiles ont été peintes par l'un des membres de la bande dans le style du peintre vaudois Rodolphe- Théophile Bosshard.

Des croutes dans les brocantes

La plupart du temps, les malandrins achetaient pour quelques centaines de francs des tableaux de peintres mineurs dans des brocantes et ils remplaçaient la signature de l'inconnu par celle d'un maître. «C'étaient des croûtes qui ne ressemblent à rien», a expliqué l'»oeil» de la bande, expert de l'oeuvre de Bosshard.

La petite fille de Rodolphe-Théophile Bosshard a rappelé que sa famille avait toute confiance en ce spécialiste, choisi pour réaliser le catalogue raisonné du peintre. Elle a dit son «écoeurement» lorsqu'elle a découvert les faux Bosshard vendus par les faussaires: «c'était une qualité catastrophique. Cela n'avait rien à voir avec la peinture de mon grand-père».

(ats)