Lausanne

15 juin 2019 07:06; Act: 15.06.2019 07:06 Print

Des militantes font un autodafé en pleine ville

par Frédéric Nejad Toulami - Lors de la manifestation nocturne, vendredi après minuit, des femmes ont jeté dans un brasier des exemplaires d'un journal contenant un article déplaisant. Réactions.

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Des militantes ont jeté au feu des exemplaires de Lausanne Cités la nuit passée sur la place de la Riponne. (Photo: dr)

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«Agir ainsi, c'est indécent en plus d'être ridicule!» Linguiste et féministe, Stéphanie Pahud dénonce ce qui s'est produit dans la nuit de jeudi à vendredi sur la place de la Riponne. Au milieu des manifestantes en faveur de l'égalité pour les femmes et de la grève du 14 juin, quelques militantes féministes ont détruit dans le feu des exemplaires de «Lausanne Cités».

Ce journal avait fait sa Une en titrant «Femmes en grève: le mal dominant». Dans ses pages, un article de fond adopte un ton critique, parlant d'hystérie parmi certaines féministes radicales, très minoritaires mais bruyantes, «revendiquant tout et n’importe quoi» et s'en prenant à la gent masculine. Une agressivité envers les hommes qui étaient d'ailleurs appelés à l'origine à s'abstenir de participer aux manifestations prévues ce 14 juin en Suisse.

L'article donnait aussi la parole à Stéphanie Pahud. Chercheuse universitaire, elle conteste les méthodes et les affirmations de certains de ces collectifs «qui confisquent l'opinion des femmes alors qu'ils ne sont pas représentatifs de toutes les femmes». Informée vendredi par «20 minutes» de l'autodafé, organisé contre le journal qui la citait, elle déplore cet acte: «On peut évidemment être en désaccord avec le titre de la Une d'un journal ou le contenu d'un article. Mais alors on converse et on conteste démocratiquement, on échange.»

Comme les Nazis en 1933

Elle-même féministe engagée depuis des années, elle déclare détester l'idée même de brûler ou de détruire ce contre quoi on est opposé. De plus, l'acte de l'autodafé fait référence à ceux organisés par les Nazis en Allemagne en 1933. Les affidés d'Adolf Hitler avaient détruit dans la nuit des milliers d'oeuvres considérées comme dissidentes dans des brasiers.

Rédacteur en chef de «Lausanne Cités», Philippe Kottelat se dit marqué par cet «acte fort» commis sur la place de la Riponne «en raison d'une colère ressentie, car c'est représentatif de ce qui s'est passé sous d'autres régimes dans d'autres périodes de l'histoire». Il estime qu'il s'agit de féministes radicales justement visées dans l'article de son journal. «Nous voulions en fait parler de certaines féministes qui ont la volonté d'exclure les hommes et qui utilisent des chiffres pas fondés dans leurs arguments, et non de critiquer la grève des femmes. Mais je l'admets: nous avons manqué de tact, déclare Philippe Kottelat, très contrarié. Des termes comme «hystérie» ont été employés dans cet article et le titre de notre Une ne convenait pas, et je le regrette.» D'ailleurs, la version en ligne de l'article litigieux a été modifiée.

Insultée et menacée par des féministes radicales

Quant à Stéphanie Pahud, elle nous dévoile avoir reçu insultes et menaces par des femmes membres d'un collectif féministe, après la parution de sa chronique d'opinion dans «Le Matin Dimanche», il y a quelques jours. «Alors que ces mêmes personnes prétendent vouloir sauver l'humanité»... constate-t-elle, amère.

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