Drame de St-Légier (VD)

09 décembre 2019 11:10; Act: 10.12.2019 17:49 Print

La fille parricide pleure mais ne convainc pas

Le Vaudois de 81 ans et sa fille de 41 ans condamnés à 18 et 20 ans de prison en juin pour le meurtre d'une septuagénaire, leur épouse et mère, ont été entendus ce lundi matin en appel.

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La maison où a eu lieu le crime et le ravin dans lequel le corps a été jeté, sanglé dans un réservoir d'eau. (Photo: Le Matin/Chrisian Humbert)

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Le Tribunal cantonal vaudois se penche ce lundi à Lausanne sur l'assassinat d'une septuagénaire fin 2016 à son domicile de la Riviera vaudoise par son mari et leur fille unique. En juin, la justice avait respectivement condamné ces Vaudois à 18 et 20 ans de prison.

Les faits remontent à la nuit du 11 au 12 décembre 2016 à St-Légier (VD). Une femme de 70 ans avait été tuée par son mari et leur fille unique. Âgés de 81 ans et 41 ans, ces derniers avaient été condamnés en juin dernier à 18 et 20 ans de prison pour assassinat et atteinte à la paix des morts.

«Je ne sais toujours pas comment j'ai tué mon épouse. J'ai eu un moment d'absence», a réexpliqué lundi l'octogénaire d'une voix effacée et agité de tics nerveux. Ses souvenirs ne reprennent que lorsqu'il s'est «réveillé» dans son salon agenouillé à côté de son épouse, la tête en sang. L'arme du crime, une clé de roue modifiée, était non loin.

Un trou de mémoire «classique»

«Ce trou de mémoire est étonnamment classique dans les cas de meurtre qui se présente à nous... », a souligné avec scepticisme le président du Tribunal. «J'étais paniqué et j'ai téléphoné à ma fille pour lui dire de venir. C'était une énorme erreur de l'impliquer dans cette affaire !» a déclaré l'accusé.

Le vieil homme s'embrouille dans des réponses alambiquées. Il affirme par exemple : «J'ai jeté le chiffon qui m'avait servi à essuyer la clé de roue non pas car il était tâché de sang mais seulement car il était sale comme je le faisais toujours après avoir changé une roue.»

Ses louvoiements agacent le Tribunal. L'homme souhaite dédouaner sa fille. D'après lui, cette dernière aurait proposé d'emblée d'appeler la police. «Je lui ai dit que cela ne devait pas se savoir», explique le Vaudois. «Ce qu'on a fait est ignoble alors qu'on ne s'était jamais comporté de manière violente dans notre vie», affirme-t-il.

L'homme prétend qu'à son arrivée, sa fille ne lui a demandé aucune explication. D'après lui, elle aurait contrôlé les signes vitaux de sa mère, dont le corps avait été stocké dans le froid sur le balcon, puis aurait pleuré. «On a discuté pour savoir où on pouvait cacher le corps et dans quoi. J'ai réussi à la convaincre qu'avec tout ce que j'avais subi, il fallait qu'elle m'aide. La caisse devait être étanche pour ne pas attirer les animaux, pour qu'elle soit tranquille... »

Et l'homme de regretter: «Il y aurait eu une autre solution qui m'a sauté aux yeux des mois après. Une grosse malle en bois dans laquelle j'aurais pu emballer le corps tout seul sans l'aide de ma fille.»

Pour mémoire, la victime était l'unique propriétaire du logement du couple. Sa fortune dépassait les 900'000 francs. D'après l'acte d'accusation, cette femme manipulatrice et dominatrice menaçait régulièrement son mari et leur fille, dépendants d'elle financièrement, de les exclure de son testament et de leur couper les vivres.

Mise en scène d'un suicide

La nuit de sa mort, alors qu'elle était très alcoolisée, une énième dispute a éclaté et la menace a été réitérée. Selon l'acte d'accusation, le mari de la disparue et sa fille l'ont alors frappée plusieurs fois à la tête. La malheureuse avait ensuite été sanglée en position foetale et glissée dans un réservoir d'eau où elle a trouvé la mort.

Le lendemain du crime, son mari a nettoyé les lieux et, aidé de sa fille, il a scellé le réservoir de mousse expansive. Ce n'est que le soir du 16 décembre que le duo a jeté le container dans un ravin boisé et isolé, repéré via internet aux Monts-de-Corsier (VD).

Le lendemain, père et fille mettaient en scène le suicide de leur victime en abandonnant son auto au bord du Rhône. «C'était à mon instigation», affirme l'accusé. Et le soir même, la fille du couple annonçait la disparition à la gendarmerie.

La Vaudoise de 41 ans a été à son tour entendue par le tribunal ce lundi matin.

Cette Vaudoise de 41 ans a été condamnée à 20 ans de prison en juin dernier pour avoir aidé son père à assassiner sa mère à leur domicile de St-Légier (VD), une nuit de décembre 2016, puis pour avoir fait disparaître son cadavre dans un ravin. Le vieil homme, âgé de 81 ans, avait écopé de deux années d'emprisonnement de moins. Au moment de témoigner lors de leur procès en appel, cette femme a tenu à s'adresser à son père qui venait de s'empêtrer dans des explications peu crédibles. Elle lui a lancé en pleurant : «Ce que tu dis n'a ni queue ni tête. Moi, je n'oublierai jamais certains détails de ce soir-là. Toi, tu parles de choses évasives qui t'enfoncent toi et moi avec. Tu prétends vouloir me protéger alors que c'est moi qui t'ai toujours protégé !»

Coup de fil en pleine nuit

La justice estime que la quadragénaire avait participé à l'assassinat et pas seulement qu'elle avait collaboré à la disparition du cadavre puis en faisant croire au suicide. L'intéressée prétend quant à elle n'avoir été mêlée aux évènements que suite au coup de fil que son père lui avait lancé en pleine nuit.

«Mon père m'a dit que lui et maman s'étaient disputés, qu'il l'avait frappée, qu'elle était par terre et qu'elle ne bougeait plus. Je lui ai décrit plusieurs contrôles à faire pour voir si elle était vivante. Il me disait à chaque fois qu'elle ne réagissait pas. Je lui ai dit d'appeler une ambulance et je suis partie le rejoindre», raconte la quadragénaire d'une voix faible tout en sanglotant.

D'après elle, à son arrivée, son père était tout pâle et sa mère sur le balcon toute glacée. Il y avait deux grosses tâches de sang sur la moquette. L'accusée explique avoir refait les contrôles des signes vitaux et constaté que sa mère était morte.

«J'ai pris ma tête dans ses mains pour l'embrasser sur le visage. Quand j'ai reposé sa tête, j'ai vu que j'avais du sang sur la main. Je suis rentrée dans le salon et je me suis avachie sur une chaise. J'ai pleuré une bonne trentaine de minutes et j'ai demandé à mon père ce qui s'était passé. Il m'a dit qu'il s'était disputé, qu'elle était arrivée vers lui avec les bras tendus et qu'il lui avait tapé à la tête avec un vieux tuyau de plomberie. Au deuxième coup, elle s'est effondrée», a-t-elle raconté.

La quadragénaire concède s'être ensuite attablée avec son père pour décider comment faire disparaître le corps. «Mon père m'a supplié de l'aider, assène-t-elle des sanglots dans la voix. On était paniqué car du sang s'écoulait sur le balcon.»

Le verdict sera connu mardi

«C'était ma maman malgré tous ses défauts. Je lui avais pardonné à l'âge de 20 ans et je l'avais soutenue pendant son cancer du sein», a aussi affirmé l'accusée. Elle reconnaît cependant avoir manipulé et dissimulé le corps dans un container qui avait ensuite été jeté dans un ravin. Elle s'était rendue seule à la gendarmerie pour annoncer la disparition de sa mère. «On avait fait des rondes dans les endroits où maman avait l'habitude de se rendre pour que cela soit géolocalisé sur nos téléphones respectifs», a-t-elle aussi avoué.

En guise de conclusion, l'accusée a encore lancé à son père : «Je regrette de trahir la promesse que je t'ai faite de ne rien dire mais je ne peux pas risquer de prendre vingt ans de prison pour ce que je n'ai pas fait !» Des trémolos dans la voix, elle a aussi précisé: «Je regrette de ne pas avoir pu donner une sépulture décente à ma mère plus tôt ». Elle et son père seront fixés sur leur sort demain mardi à 16h.

(nxp/ats)