Yverdon-les-Bains (VD)

09 octobre 2019 18:47; Act: 09.10.2019 19:16 Print

Policier raciste jugé coupable d'abus d'autorité

par Francesco Brienza - Un agent avait inscrit «dealer» sur les passeports de plusieurs africains contrôlés, en 2018. Il a été licencié et vient d'être condamné.

storybild

Les inscriptions ont été faites dans le but de nuire, a estimé le Tribunal du Nord vaudois. (Photo: Vanessa Cardoso/24 Heures)

Une faute?

Ses timides regrets n'ont pas convaincu le Tribunal du Nord vaudois. Sylvain*, un ex-policier de 38 ans a été condamné mercredi à 180 jours-amende à 50 francs avec sursis pour abus d'autorité et suppression de titres étrangers. Entre 2017 et 2018, alors qu'il travaillait à la Police du Nord vaudois, Sylvain a détérioré volontairement plusieurs passeports de ressortissants africains en y inscrivant en gros «Dealer of coke». Ce père de deux enfants a reconnu les faits. «Ils sont effarants, a estimé le procureur qui a instruit l'affaire. Surtout de la part d'un policier. La volonté de nuire est indiscutable. Ces actes montrent un état d'esprit hostile à cette population et jettent le discrédit sur toute la profession.»

Dans la messagerie privée de Sylvain, les enquêteurs ont fait une découverte encore plus parlante, alors que l'enquête était déjà ouverte: des messages haineux, appelant à l'extermination des Noirs, lancés à un escroc sur Facebook. Face à ces éléments accablants, l'homme a balbutié des explications peu convaincantes. «Je n'ai rien contre les Nigérians, a-t-il expliqué. Tous les flics disent «Négro». Et c'est notre hiérarchie qui nous demandait de cibler les Africains dans nos contrôles. Ma démarche visait à aider mes collègues hors canton dans leurs contrôles. C'était bête. Je regrette.»

Reste que sa hiérarchie a lâché Sylvain lorsqu'il s'est dénoncé l'an dernier. Il a été licencié. Depuis, il est en recherche d'emploi et essuie des refus de tous les corps de police. Son avocat a déploré qu'aujourd'hui, il est plus risqué d'être policier que d'être dealer. «La faute de mon client peut être relativisée, selon l'homme de loi. Le plaignant a retiré sa plainte. Refaire un passeport n'est pas si compliqué. Ici, on veut faire un exemple à cause de la pression politique et médiatique alors que Sylvain a déjà tout perdu.» Un recours est possible.

*Prénom d'emprunt