Aigle (VD)

21 décembre 2011 11:32; Act: 21.12.2011 18:24 Print

Il conduisait son train en état d'inconscience

par Francesco Brienza/ats - Le choc entre deux rames d'une ligne régionale en 2010 n'est pas dû à une erreur humaine. Le conducteur souffre d'une maladie qui rendait son état comparable à celui d'un somnambule.

Sur ce sujet
Une faute?

Épilogue rocambolesque dans l'affaire de la collision de Panex (VD). Un conducteur de trains de la ligne Aigle-Sépey-Les Diablerets (ASD), accusé d'entrave au service des chemins de fer par négligence, a été acquitté mercredi. Le 28 août 2010, le conducteur de la rame descendante de la ligne avait percuté le train qui montait. En cause: la non-observation par le premier de l'arrêt de Plambuit, où les deux véhicules devaient se croiser. Six personnes avaient été blessées suite à cet accident, dont une dame âgée souffrant de côtes cassées.

L'enquête a rapidement permis d'exclure une défaillance technique. Dès lors, tous les regards se sont tournés vers le chauffeur qui a manqué son arrêt. Celui-ci affirmait «ne pas se souvenir du moment qui a précédé l'accident». Assoupissement? Perte de connaissance? Impossible, puisque les manoeuvres de sécurité, qui arrêtent automatiquement le train si elles ne sont pas effectuées, ont toutes été opérées. Pour le procureur Nicolas Perrinjaquet, il n'y a pas de doute. Dans un premier temps, il condamne le conducteur de 62 ans à 60 jours-amende à 50 fr. Et le mécanicien de clamer à qui voudra l'entendre qu'il «ne comprend pas ce qu'il s'est passé». Il fait recours.

«Il était un peu comme un somnambule»

Une expertise médicale a montré par la suite que l'accusé souffrait d'une hypersensibilité du sinus carotidien, qui pouvait lui faire perdre partiellement connaissance. «C'est ce qui lui est probablement arrivé alors qu'il était aux commandes de son train, explique un professeur en neurologie, appelé à témoigner. Le mécanicien, habitué à faire les mêmes gestes depuis plus de 30 ans, les aurait exécutés machinalement, un peu comme un somnambule», poursuit le médecin.

Une hypothèse confirmée par le conducteur du train qui montait. «J'ai essayé d'établir un contact par radio quelques secondes avant le choc, sans succès, raconte-t-il. Quand nous nous sommes retrouvés face à face, j'ai vu mon ami effondré sur son siège, le teint très pâle. J'ai tout de suite pensé qu'il était mort».

Le tribunal, à la lumière de ces nouveaux éléments, a décidé mercredi d'acquitter totalement le prévenu. Aujourd'hui équipé d'un pacemaker, son hypersensibilité est traitée. L'Office fédéral des transports lui a malgré tout retiré son autorisation de conduire des trains. Il est aujourd'hui toujours employé par la ligne ASD, pour laquelle il vend les tickets.

Un bloc de sécurité devrait entrer en fonction sur la ligne fin 2012-début 2013. Il évitera que deux trains puissent se retrouver face à face sur le même tronçon de ligne.