Lausanne

09 avril 2019 12:20; Act: 09.04.2019 19:15 Print

Ils fêtent leur anniversaire et s'intoxiquent

Le procès de deux quadragénaires s'est ouvert mardi, au Tribunal de police de Lausanne, pour un usage inadapté d'un gril à gaz.

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Une soirée privée dans un entrepôt confiné du Flon aurait pu tourner au drame, dans la nuit de samedi à dimanche. (Photo: fnd)

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En décembre 2012, un grill mal utilisé lors d'une fête d'anniversaire lausannoise avait conduit 37 personnes à l'hôpital. Les deux quadragénaires qui avaient organisé l'évènement ont comparu mardi devant la justice.

Le procès des deux organisateurs s'est ouvert devant le Tribunal de police, à Lausanne. Les prévenus, un Suisse de 44 ans et un Italien de 43 ans, sont renvoyés pour «emploi sans dessein délictueux ou par négligence» (ndlr: d'explosifs ou de gaz toxiques). Pour ce chef d'accusation, ils encourent jusqu'à 5 ans de prison ou une peine pécuniaire.

La fête privée avait été organisée dans le sous-sol d'un bâtiment du quartier du Flon, au centre-ville de Lausanne, où l'un des prévenus dirigeait une société. Ce local était affecté à l'entreposage de matériel et aucune demande de changement d'affectation ni autorisation n'avait été faite par les prévenus, selon l'acte d'accusation.

La soirée visait à célébrer l'anniversaire de deux hommes, dont l'un des accusés, et une centaine de personnes y participaient. A cette occasion, un gril à gaz, ne produisant aucune fumée, avait été allumé dans ce local pourtant très peu aéré.

Toxique mais inodore

Du monoxyde de carbone, gaz toxique mais inodore, s'était dégagé et plusieurs convives s'étaient alors mis à avoir mal à la tête ou à vomir. Certains s'étaient même évanouis. «Je ne comprenais pas ce qui se passait. Ce grill est une sorte d'armoire dans laquelle le gaz brûle en haut et n'offrant aucun contact entre la flamme et la viande. A aucun moment lors de ma formation dans une école hôtelière, on n'avait attiré mon attention sur les dangers du monoxyde de carbone. Depuis l'enfance, nous cuisinions d'ailleurs au gaz et nous n'avions pas de ventilation», a notamment expliqué l'organisateur de la soirée.

Suspectant une fuite de gaz, ce dernier avait aéré la pièce et enclenché deux ventilateurs. D'après son épouse et l'ami avec qui il co-célébrait son anniversaire, tous deux appelés comme témoins à la barre, c'est lui aussi qui avait pris la décision d'interrompre la fête et de faire sortir ses invités. Trente-sept d'entre eux avaient été malgré tout intoxiqués au point d'être hospitalisés.

Une mise en garde négligée

Quant au second prévenu, le possesseur du grill, il a concédé n'avoir pas prêté attention à l'étiquette collée sur le flanc de son engin de 80 kg. Laquelle précisait pourtant: «Cet appareil doit être installé par un utilisateur compétent dans une pièce bien aérée.

Consulter la notice avant l'utilisation». Le quadragénaire a précisé d'ailleurs qu'il ne possédait pas ce manuel et que pour lui, «un grand local suffisait» à faire fonctionner son grill.

A leur arrivée sur place vers 23h30, les pompiers avaient mesuré des taux de monoxyde de carbone allant jusqu'à 150 ppm. Si personne n'avait réagi, les gens se seraient progressivement endormis, puis seraient décédés. «On est passé très près de la catastrophe», avait souligné Bernard Dénéréaz, procureur en charge de l'enquête, à l'époque.

Boulet et stress

Les deux accusés en larmes ont expliqué que cette affaire représentait pour eux un boulet et une source de stress et de culpabilité. Leur procès continue mardi après-midi avec notamment le réquisitoire et les plaidoiries. Le verdict est attendu mercredi.

(nxp/ats)