Vaud

17 juin 2019 21:34; Act: 18.06.2019 10:17 Print

Le sort d'un père dépend de la crédibilité de sa fille

par Christian Humbert - Un quinquagénaire pourrait passer plusieurs années en prison s'il est reconnu coupable d'attouchements sur son enfant. Il nie les faits et son avocat réclame l'acquittement.

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Le procureur a rappelé les souffrances de la victime, qui disait vouloir rester enfermée pour que personne ne vienne la toucher. (Photo: Keystone/Image prétexte)

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Six ans de prison pour des actes d'ordre sexuel commis sur sa fille, alors qu'elle était âgée de 6 ans: c'est la peine requise lundi devant le tribunal criminel de Vevey (VD) contre un homme aujourd'hui au bénéfice de l'aide sociale.

L'acquittement, assorti d'une une juste compensation pour les 15 mois de prison purgés à tort: c'est ce qu'a plaidé l'avocat du prévenu, Me Jacques Barillon.

Au terme d'une première audience qui s'était tenue en janvier 2018, l'avocat était parvenu à faire sortir son client de la cellule où il avait été placé depuis son arrestation, en novembre 2016. Les accusations portées contre ce père de famille quinquagénaire sont graves: ce masturbateur compulsif aurait non seulement montré son pénis à sa fille, mais il aurait aussi forcé la petite à le lécher.

Du sperme sur le nounours

Il est aussi question d'autres attouchements intimes tandis que la gamine avait les yeux recouverts d'un scotch, une lubie que le prévenu semble avoir également pratiqué avec des adultes.

Enfin, le sperme du père a été retrouvé dans un paquet de biscuits de son enfant, sur son nounours et son lit. L'expert qui a examiné ces traces ne peut exclure une contamination par des mains mal essuyées ou au cours d'un lavage en machine.

Le père, qui a reconnu pratiquer ainsi souvent dans des lieux publics, a en revanche contesté s'être masturbé en présence de son enfant. «J'aime ma fille. Je suis un bon père. Je n'ai pas d'attirance pour les enfants», a-t-il écrit dans un document remis à la presse. Il y répète que ces accusations sont le fruit d'une séparation très conflictuelle et de manipulations de la mère.

Crédibilité de la petite victime examinée

Lundi, la réouverture de ce procès a été marqué par des échanges vifs entre les avocats, avec plusieurs remises à l'ordre de la présidente. L'audience a porté pour l'essentiel sur la crédibilité de la fillette. Elle s'est souvent confiée à la thérapeute de sa mère en utilisant des mots de son âge. «Un enfant ne peut imaginer ce qu'il ne connaît pas», a relevé l'expert judiciaire, sans toutefois se montrer catégorique. Selon lui, il aurait fallu évaluer la petite victime avant qu'elle ne parle à de nombreux intervenants de cette affaire. Un expert mandaté par les plaignants a, au contraire, exclu toute influence de tiers.

Dans sa plaidoirie, le procureur Anthony Kalbfuss a souligné le trouble de la préférence sexuelle relevé chez le prévenu, qu'il considère comme un pédophile. Il a rappelé les souffrances de la petite victime, qui disait vouloir «rester enfermée pour que personne ne vienne la toucher». Enfin, il a jugé les explications de l'accusé peu crédibles et souligné qu'il «n'a jamais demandé pardon».


Le jugement sera rendu mardi.