Drame de Bochuz

23 juin 2010 12:23; Act: 07.11.2013 16:11 Print

L'évacuation de la fumée n'a pas fonctionné

La cellule de Skander Vogt mort à Bochuz le 11 mars n'a pas été ventilée après l'extinction de l'incendie. Les gardiens ont mis trente minutes pour s'en apercevoir.

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Dans un communiqué, le substitut du juge d'instruction cantonal, Daniel Stoll, donne des explications sur la chronologie et les causes ayant entraîné la mort du prisonnier Skander Vogt. Il précise toutefois qu'il est «encore trop tôt» pour prendre position sur d'éventuelles responsabilités individuelles. Des résultats d'expertises sont attendus en juillet.

Partout sauf dans la cellule

Concernant l'incendie volontaire et ses conséquences fatales, le substitut explique qu'»alors que la fumée a été évacuée partout ailleurs, cette évacuation ne s'est pas faite dans la cellule de Skander Vogt». Un dispositif visant à éviter la propagation du feu est à l'origine du résultat dramatique.

Le système de ventilation dispose d'une pastille thermique qui se déclenche en cas d'augmentation de la chaleur. S'il y a déclenchement, les clapets de ventilation ne se rouvrent pas en mode désenfumage, «ce qui s'est produit ce soir-là».

Le constat d'absence d'évacuation de la fumée a été fait par les gardiens de prison environ trente minutes après l'extinction de l'incendie. Le système de ventilation apparaît conforme aux normes de sécurité, souligne le substitut.

Urgent d'agir

Après l'appel des gardiens, les ambulanciers ont mis 10 à 15 minutes pour arriver. Ceux-ci ont ensuite décidé de faire venir le SMUR, avec un médecin, qui est arrivé dans les 15 à 20 minutes.

Cinq à 10 minutes plus tard, l'équipe médicale a constaté l'arrêt respiratoire et signifié qu'il ne fallait pas attendre le DARD (troupes d'intervention de la police vaudoise). Les gardiens se sont équipés, ont sorti le détenu. Le DARD est arrivé pendant la tentative de réanimation.

L'expertise médico-légale a conclu à un décès par intoxication aiguë au cyanure. Celle-ci provient du polyuréthane contenu dans le matelas ignifugé auquel le détenu avait mis le feu, peut-être aussi des habits enflammés. Le détenu a aussi inhalé du monoxyde de carbone, mais à des valeurs moindres.

Nombreuses directives

Le substitut passe ensuite en revue «les nombreuses directives» qui régissent la vie en prison. Il note que le détenu figurait sur une liste nécessitant la participation du DARD pour un transfert.

Comme il était question de conduire Skander Vogt au CHUV, l'ambulance a été appelée en même temps que le DARD. La prise en charge et la fouille du prisonnier sont organisées par le groupe d'intervention, écrit le substitut qui mentionne en outre des directives en cas d'incendie ou de sécurité en cas d'intervention de nuit.

Pour la suite, Daniel Stoll attend un complément d'expertise médico-légale. Celui-ci doit déterminer dans quel délai après l'intoxication au cyanure la vie du détenu aurait pu être sauvée. Les parties pourraient ensuite formuler des requêtes d'expertise complémentaire.

Réactions

Avocat de la victime, Me Nicolas Mattenberger ne comprend pas pourquoi son client a été laissé seul dans sa cellule sans surveillance durant 30 minutes, alors que le dégagement de fumée avait été très important. «Il y a eu une panne», a-t-il déclaré.

«Mon client n'a appris que le lendemain le dysfonctionnement du système d'aération», a précisé Me Daniel Pache, avocat du gardien chef sur place le soir du drame. Très affecté par l'affaire, le gardien est en arrêt de travail.

Sur le fond, Me Pache explique que «son client estime avoir fait tout ce qu'il pouvait faire dans une situation difficile». Il souligne que le détenu était considéré comme «très dangereux» et qu'une directive imposait de recourir au DARD.

(comm/ats)