Vevey (VD)

28 janvier 2020 06:06; Act: 28.01.2020 06:30 Print

L'homme à tout faire des illégaux a été condamné

par Christian Humbert - Transferts de fonds douteux, mariages blancs, fausses adresses: un Pakistanais a été jugé lundi pour ses magouilles.

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L'homme n'ignorait rien des méandres de l'administration suisse. (Photo: iStock/Image prétexte)

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«Vous connaissez toutes les combines», a souligné lundi la présidente du Tribunal de l’Est vaudois, Sandrine Osojnak. Face à elle, un Pakistanais admis provisoirement en Suisse depuis 2002. S’il ne parle pas français, le quinquagénaire aux allures d’homme d’affaires connaît en revanche très bien l’administration de notre pays et comment contourner les lois.

Des «compétences» qu’il a mises à disposition de dealers ou d’étrangers en situation illégale, contre rémunération. En son nom ou grâce à des complices, le prévenu a ainsi transféré en tout 150'000 francs pour le compte de trafiquants de drogue. Il touchait 50 francs par transaction. Il a assuré ignorer que les fonds qu’il envoyait au Nigeria, en Gambie, en Espagne ou au Portugal provenaient du trafic de drogue.

Organisation bien rodée

L’homme, à l’aide sociale, arrondissait aussi ses revenus en organisant des mariages blancs entre Pakistanais et Européennes, pour actionner le dispositif de regroupement familial. Il prenait 500 francs par union, selon ses dires.

Enfin, il a orchestré la sous-location de six appartements à des gens en situation irrégulière et a aussi fourni des adresses de complaisance ou des contrats de travail bidon. Dans un cas, le patron d’un établissement de la Vallée de Joux est allé jusqu'à payer les charges sociales de sa prétendue employée espagnole, qui n'a en fait jamais mis les pieds en Suisse.

Audience vite liquidée

Le Pakistanais a exprimé des regrets lors de l’audience. «J’ai compris que c’était illégal. Je ne recommencerai plus. Je m’excuse. C’est une femme qui faisait la même chose qui m’a enseigné comment procéder», a traduit son interprète.

L’audience a été liquidée en une heure: la procureure, Carole Deletra, et l’avocat du prévenu, Michael Stauffacher, sont tombés d’accord pour une peine de 3 ans, dont 6 mois ferme, le solde étant assorti d’un sursis de 4 ans. Le Tribunal a suivi cette proposition. Il a retenu non pas l’escroquerie mais le recel, le blanchiment et l’infraction de la loi sur les étrangers. Les 39'000 francs de frais, dont une note d’avocat de 21'000 francs, seront mis à la charge des contribuables.

La question de l’expulsion ne s’est en revanche pas posée, puisque les faits sont antérieurs aux nouvelles dispositions sur le renvoi des criminels étrangers.