Saint-Légier (VD)

29 mai 2019 19:17; Act: 30.05.2019 17:35 Print

La fille de la victime a été arrêtée à la fin du procès

par Yannick Weber - La prévenue sera détenue jusqu'à la lecture du verdict, la semaine prochaine, afin d'éviter tout risque de fuite. Elle encourt 20 ans de prison.

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Les peines requises contre les deux prévenus sont très lourdes. (Photo: Le Matin/chu)

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Les trois jours d'audience au tribunal de Vevey se sont terminés dans les larmes. Le Tribunal criminel a ordonné l'arrestation immédiate de la femme accusée d'avoir, avec son père, tué sa mère en décembre 2016 à Saint-Légier (VD).

Lettre à sa mère, «là-haut»

Les dernières paroles de la prévenue ont été adressées sous forme de lettre à sa défunte maman. «Je serai punie, j'assume mes actes. J'espère que depuis là-haut, tu pourras leur montrer ce que je ne suis pas. Pardonne-moi», a-t-elle dit entre des sanglots. Son père, co-accusé de l'assassinat de la retraitée, a fait de même. Une dernière longue étreinte entre les deux prévenus a ponctué le procès, au milieu des larmes du public, avant que l'accusée ne soit escortée hors de la salle, entourée de deux gendarmes.

La défense, lors des longues plaidoiries des avocats, a tenté de discréditer la thèse de l'assassinat prémédité. «La version du Ministère public est un fantasme, comme tiré d'un film de seconde zone. Les inspecteurs et le Parquet n'ont fait une instruction qu'à charge, comme s'ils voulaient se faire ce duo soi-disant infernal», a noté Me Cédric Matthey, défenseur du père.

Préméditation en question

Ensemble, ils ont parlé du travail des enquêteurs comme d'un «travail bâclé», «d'élucubrations», de «raccourcis alambiqués». Aucun élément ne prouverait que la fille ait été présente lors des coups portés à la mère. Aucun autre pour étayer la thèse de la préméditation. «Où sont les preuves? Il n'y a aucun élément tangible», a plaidé Me César Montalto, avocat de la fille de la victime.

Pour la procureure, en revanche, des recherches antérieures au drame sur des lieux où cacher un corps, sur des moyens de faire disparaître des traces; des menaces de la mère, fortunée, de déshériter les deux accusés; des auditions sans cesse contradictoires entre les prévenus et des versions des faits souvent modifiées sont certains des éléments permettant de conclure à un crime réfléchi et sans scrupules.

«Ils ont fait, ensemble, preuve d'une détermination et d'une froideur incroyables. Ils ont passé cinq jours à tout nettoyer, à changer le parquet et le crépi de la cheminée, avant de jeter le corps comme un déchet dans une décharge sauvage», a-t-elle dit, tout en déplorant les tentatives de la défense et de leurs proches de «salir» la victime en la présentant comme une femme tyrannique, malade psychiquement et qui ne lésinait pas sur l'alcool.

20 ans ou rien?

Les peines encourues sont lourdes. Pour assassinat, la procureure a requis 20 ans contre la fille, 18 ans contre le père, déjà détenu. La défense, en revanche, estime que la fille de la victime n'a plus rien à faire derrière les barreaux. Ayant déjà passé 9 mois en détention préventive, ses avocats n'envisagent pas que soit possible une peine dépassant cette durée.

Quant au père, la défense verrait juste que sa peine soit prononcée à 8 ans pour meurtre, et non à 18 ans pour assassinat. «Oui, mon client a tué son épouse et doit être reconnu coupable», a noté Me Kathleen Hack, son avocate. Mais pour elle, la thèse de la préméditation ne tient pas: «Si tout avait été réfléchi en avance, rien ne se serait passé comme cela. Il ne l'aurait pas tuée avec cette arme, ne l'aurait pas fait dans le salon où l'élimination totale des traces est quasi impossible, n'aurait pas eu besoin de faire des recherches après la mort pour trouver un lieu où cacher le corps...»

Le verdict sera rendu le jeudi 6 juin.