Lausanne

24 juin 2019 17:41; Act: 24.06.2019 17:41 Print

La fille pardonne à sa mère de l'avoir rendue invalide

par Christian Humbert - Une sexagénaire avait tiré sur sa fille pour l'entraîner avec elle dans la mort. Son procès a débuté lundi devant la Cour criminelle.

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(Photo: Keystone)

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Pauline*, 29 ans, n'a pas affronté Julia*, sa mère de 64 ans, lundi au tribunal. «Je lui ai pardonné. Je ne veux cependant pas la voir dans de telles conditions. Elle a sans doute changé avec la détention et je suis dans une chaise roulante.»

La mère a comparu pour tentative d'assassinat perpétrée en juin 2017 au centre de Lausanne. La prévenue n'a pas montré la moindre émotion lorsqu'elle a raconté cette journée tragique. Elle s'est rendue chez sa fille, qui occupait un appartement dans le bloc locatif, propriété de la maman. Munie d'une de ses armes, un Beretta, elle a demandé à voir le lapin – ironie de l'histoire, il s'appelait «Pan Pan» – avant de tirer dans le dos de sa fille qui était penchée vers l'animal. La mère a encore tiré deux ou trois coups quand la victime s'est retournée, avant d'alerter les secours. La dernière balle a été retirée du cou de Pauline en mars dernier.

Elle a dit qu'elles étaient ruinées

«C'est monstrueux ce que j'ai fait. Je voulais me suicider dans la cave. Je n'avais pas l'intention de l'emmener avec moi. J'avais la tête ailleurs à cause des médicaments que je prends depuis années. J'étais confuse. Je n'ai pas prémédité ce qui s'est passé. J'ignore pourquoi je l'ai fait», a dit Julia à la Cour criminelle de Lausanne lundi, tout en contestant être alcoolique.

Sa fille, qui passera le reste de sa vie en chaise roulante, a été plus précise: «Elle m'avait déjà parlé de partir toutes les deux, quand elle n'était pas sobre. J'ai cherché de l'aide: personne ne m'a entendue.» Pauline a raconté que sa mère lui avait dit qu'elles étaient ruinées quand elle est arrivée chez elle ce jour-là.

«Qu'as tu fait? Arrêtes!» lui ai-je dit en italien quand elle a tiré le premier coup. Je n'ai pas eu très mal, juste senti une chaleur dans le poumon. J'ai essayé de la désarmer puis mes jambes ont lâché.»

«C'est ma mère. J'ai mal pour elle»

Pauline et Julia échangent depuis lors courriers et téléphones, «sans parler de ce qui s'est passé». «Elle me fait de la peine. C'est ma mère. J'ai aussi mal pour elle. J'ai encore l'espoir d'une relation mère-fille. Je souhaite la clémence du tribunal.»

La procureure Ximena Manriquez devrait requérir une peine d'environ dix ans de prison mardi, en tenant compte d'une responsabilité diminuée.

Me Fabien Mingard va plaider la tentative de meurtre, et non d'assassinat. Le jugement sera rendu vendredi.

*Prénoms fictifs