Lausanne

27 juin 2011 16:07; Act: 27.06.2011 20:45 Print

Le directeur d'un EMS suspendu

Un établissement médicosocial maltraitait ses résidents. De nombreuses négligences ont été relevées.

storybild

Les pensionnaires de l'établissement subiraient des traitements indignes. (Photo: Keystone)

Une faute?

«Le directeur a été suspendu pour six mois, et il a lui-même admis que c’était la meilleure solution», a affirmé hier Pierre-Yves Maillard. La décision du ministre de la santé devraient réjouir les nombreuses personnes qui se plaignent depuis des mois des méthodes de la résidence Grand-Vennes. Située à Lausanne, l’EMS est depuis quelques mois déjà au cœur de la tourmente. Son personnel reproche à la direction une mauvaise gestion. Les résidents seraient quant à eux victimes de négligences.
«Les traitements étaient inhumain», assène ainsi Danielle Lyon, une ex-animatrice.«Au lieu d’employer des machines pour soulever les patients, le directeur a embauché des déménageurs», témoigne Danielle Lyon, membre du syndicat autogéré interprofessionnel (SAIP). Elle évoque les hématomes découverts sur le corps de certains résidents.

Et l’exemple ne semble pas isolé. Au mois de mai dernier, la mort d’un pensionnaire suite à une chute a jeté le trouble dans l’établissement. Souffrant d’une fracture du nez, l’homme aurait été délaissé dans sa chambre sans recevoir les soins adéquats.

Dossier chargé

Ancienne animatrice dans l’EMS, Danielle Lyon a quitté l’institution alors que les tensions entre le personnel et la direction étaient à leur comble. Ces dernières se sont soldées par le dépôt d’une quinzaine de témoignages auprès de la commission des plaintes ad hoc au mois d’octobre dernier. Dans le dossier accablant, la mention de pressions exercées par la direction sur son personnel, une surcharge de travail, et des négligences graves portant atteinte à la dignité des résidents. «Ils étaient parfois gavés comme des oies, ou abandonnés trop longtemps sur les toilettes», se rappelle Danielle Lyon. Gestes précipités et brusques, langage déplacé, manque de temps pour l’hygiène ou les repas viennent compléter son tableau.

L’affaire a vite impliqué les autorités cantonales. Un courrier alarmiste a atterri en décembre sur le bureau du Conseiller d’Etat Pierre Yves-Maillard, stipulant que personnel et résidents étaient «en danger permanent». Le courrier, signé de la commission des plaintes, a été suivi de deux inspections. «Les constats sont clairs: la résidence ne respecte pas les standards cantonaux en matière de sécurité et de bien-être de ses résidents», affirme l’avocate du SAIP, Natasa Djurdjevac. Depuis le dépôt de la plainte, les tensions ne semblent pas aller décroissant. «Une employée qui avait témoigné a été remerciée», note Danielle Lyon. Un geste que d’aucuns interprètent comme une mesure de rétorsion.

Jusqu’au pénal

Contactés par téléphone, le directeur et son avocat n’ont pas souhaité se prononcer sur ces accusations. Selon Me Natasa Djurdjevac, les autorités pénales pourraient être saisies. Le directeur aurait à répondre d’homicide par négligence et de non-assistance à personne en danger. Il pourrait également être appelé devant les prud'hommes.

(jou)