Vaud

11 juillet 2014 15:43; Act: 11.07.2014 15:48 Print

Le policier trop pressé condamné

Le Tribunal de police de Lausanne a condamné vendredi un policier trop pressé à 5 jours-amende avec sursis pour avoir enfreint le code de la route lors d'une poursuite.

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Le procureur adjoint Franz Moos avait requis 10 jours-amende avec sursis contre le fonctionnaire, notamment coupable d'avoir brûlé deux feux rouges. Son avocate, Maître Véronique Fontana, considère le jugement comme «scandaleux et inacceptable» et envisage de faire appel.

L'inspecteur de 29 ans de la division des flagrants délits de la brigade des stupéfiants cherchait à se rendre au plus vite au Centre de police de la Blécherette, sur les hauts de Lausanne. Il devait y être mobilisé pour une filature dans le cadre d'une opération relative à une livraison imminente d'héroïne.

Culpabilité «très légère»

Selon la juge unique, le non-respect des feux rouges constitue une «violation grave» des règles de la circulation. L'acte ne peut être justifié, l'agent n'ayant pas respecté les règles de la proportionnalité, puisqu'il aurait pu se rendre assez rapidement au point de ralliement sans violer les règles de la circulation ou en faisant usage de son feu avertisseur.

Le jugement retient une culpabilité «très légère». Coupable de multiples violations de la LCR, l'agent est revenu sur ses premières déclarations, dans lesquelles il admettait avoir commis une faute. Son comportement résulte néanmoins «plus d'une erreur d'appréciation que d'une volonté délictuelle».

Pris en chasse par d'autres policiers

Appelé vers 10h30, alors qu'il circulait à Ecublens en direction de l'Université de Lausanne au volant d'une voiture banalisée, l'homme a d'abord contourné le véhicule se trouvant sur sa présélection et brûlé un feu rouge à un carrefour. Deux policiers municipaux, qui stationnaient sur une autre présélection, ont enclenché leurs feux bleus et leur sirène et l'ont pris en chasse.

Poursuivant sa route, l'inspecteur a circulé à une vitesse excessive, et dépassé un véhicule en franchissant une ligne de sécurité. Au carrefour suivant, il a à nouveau franchi une ligne de sécurité pour dépasser des véhicules, et a brûlé un nouveau feu rouge.

Nécessité de discrétion

Sur la route cantonale, 2,2 km après le début de la poursuite, l'homme s'est arrêté et a présenté sa carte aux policiers. Il a expliqué ne pas les avoir vus ou entendus durant la poursuite. Le cas a été dénoncé au Ministère public par le commandant de la police cantonale vaudoise.

A l'audience, le commissaire adjoint de la police cantonale, qui a dirigé l'opération, a expliqué qu'il était justifié de rouler sans feux avertisseurs, pour éviter que les délinquants, qui résidaient dans l'Ouest lausannois, ne repèrent la voiture banalisée.

Sentiment de trahison

Selon lui, l'inspecteur a respecté «les règles de proportionnalité», et la police ressent «un sentiment de trahison» dans cette affaire. Aucune directive n'imposait à l'époque d'utiliser des feux avertisseurs dans le cadre d'une opération de filature de trafiquants de drogue.

L'opération a permis une saisie record de 5 kilos d'héroïne. Si le commissaire adjoint a exprimé ses craintes que l'affaire ne fasse jurisprudence et ne complique le travail de filature de la police, la juge unique a expressément précisé que sa décision ne concerne pas un cas de filature, et qu'«il n'est nullement question» qu'elle sonne le glas des activités de filature.

(ats)